Le système de consigne québécois s’attaque aux cartons de lait : défis et interrogations
Le système de consigne au Québec s’étend désormais aux contenants de lait et de jus, une initiative qui générera environ 600 millions de nouveaux contenants à gérer. Les consommateurs pourront les rapporter dans les points de retour Consignaction ou chez certains détaillants.
Actuellement, ces contenants sont acheminés vers la collecte sélective, dont le devenir et le taux de recyclage restent incertains, avec un risque d’exportation.
Consignaction est confrontée au défi de trouver des débouchés locaux pour ces nouveaux contenants afin d’atteindre les objectifs de valorisation fixés par le gouvernement précédent. L’organisme anticipe un volume annuel de 13 000 à 15 000 tonnes de cartons multicouches, avec un démarrage plus modeste de 5000 à 8000 tonnes pour permettre aux consommateurs de s’adapter.
Le principal obstacle réside dans le manque de capacité de recyclage au Québec. Seule Sustana, située à Lévis, est en mesure de traiter ce type de matière, mais avec une capacité limitée de 3000 à 4000 tonnes par année, soit bien en deçà des besoins.
Le règlement exige que 80 % de ces contenants soient valorisés localement d’ici 2030. Sustana prévoit un investissement de 10 millions de dollars pour agrandir et moderniser son usine, mais ce projet ne sera opérationnel qu’à la fin 2028.
« On s’attend d’être capable de prendre du tonnage supplémentaire de cartons multicouches à la fin de 2028 », explique Marie-Eve Chapdelaine, directrice associée au développement durable et aux affaires publiques chez Sustana.
Bien que des usines spécialisées existent aux États-Unis et en Asie, leur distance géographique pose problème. Karel Ménard, directeur général du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets, s’interroge sur la pertinence de consigner ces contenants alors que leur gestion dans le bac de récupération est déjà efficace.
« Si on récupère via la consigne, il faut s’assurer qu’on a un débouché, parce que récupérer pour récupérer, ça ne sert à grand-chose », souligne M. Ménard.
Les commerçants expriment également leurs préoccupations, notamment concernant le manque de points de retour et la gestion des contenants sales et volumineux. « C’est un contenant qui n’est pas propre et qui prend beaucoup d’espaces d’entreposage, et quand il est souillé, ça attire la vermine », déplore Pierre-Alexandre Blouin, président-directeur général de l’Association des détaillants en alimentation du Québec.
À partir du 1er mars, environ 5 milliards de contenants de boissons seront concernés par le système de consigne. Consignaction continue d’étendre son réseau, avec 182 points de retour sur les 400 prévus, complétés par 800 autres points chez les détaillants, pour un total de 1200 points de retour à l’échelle du Québec.