Lundi 2 novembre 2026 En continu
Le fil
  1. La mobilisation lycéenne perdure : inquiétudes et divisions avant le baccalauréat
  2. Le roi Charles III abordera l’héritage de l’esclavage lors du sommet du Commonwealth
  3. Partenariat majeur : ADNOC et G42 s’associent à OpenAI aux Émirats arabes unis
  4. Le Parlement rejette une mesure controversée sur le statut LMNP, fragilisant le secteur du logement
  5. Plan Climat 2032 : La Métropole Nice Côte d’Azur sollicite l’avis des habitants
  6. Les élections de mi-mandat pourraient marquer la fin de l’ère Trump, mais les deux camps ne sont pas prêts pour la suite
Sciences

Affaire Inass : Le premier juge d’instruction revient sur une enquête poignante, 39 ans après

En novembre 1987, le magistrat a été saisi de l’affaire après la découverte du corps le 11 août. Initialement, une enquête du parquet s’est concentrée sur la recherche des causes du décès, avec des investigations limitées à l’échelle locale. Des signalements ont ensuite été diffusés via Interpol et des avis de recherche ont été envoyés à travers l’Europe.

Illustration
Illustration Fil Clair.

Le juge a insisté sur l’élargissement des appels à témoins pour maximiser les pistes. Une campagne d’affichage massive a été lancée, avec l’affiche emblématique intitulée « Qui est-elle ? », apposée dans des lieux de passage comme les gares, les bureaux de poste et les péages. La diffusion a été inégale, mais a bénéficié d’un soutien médiatique important.

Ce qui a rendu ce dossier particulièrement éprouvant, c’est la gravité des sévices subis par une enfant de seulement quatre ans. L’état général du corps était effroyable, révélant des traces de morsures humaines (potentiellement d’une femme, d’un adolescent ou d’un autre enfant), de multiples fractures ressoudées sans intervention médicale et des brûlures causées par un fer à repasser. La photo de l’affiche a dû être modifiée pour atténuer une morsure particulièrement marquante, afin de ne pas rebuter le public. L’enfant est décédée des suites combinées de ces blessures.

Un autre aspect singulier était la découverte du corps : une fillette de quatre ans abandonnée au bord de l’autoroute A10 un jour de grand départ estival, sans aucun moyen d’identification. L’absence de signalement de disparition de la part de son entourage direct a également été frappante. L’hypothèse d’une implication des parents ou d’une personne ayant la garde de l’enfant était privilégiée.

L’enquête a d’abord ciblé les services sociaux et les juges pour enfants, espérant trouver un signalement antérieur concernant des comportements suspects. Une tentative d’établissement d’un profil dentaire de l’auteur à partir des traces de morsures s’est révélée infructueuse, suscitant des spéculations sur une pathologie mentale, voire des allégations de lycanthropie, ce qui a conduit à des signalements auprès des établissements psychiatriques de France.

Le magistrat estime que l’enquête aurait pu aboutir plus tôt si une comparaison systématique des fichiers des enfants scolarisés et des registres des prestations familiales avait été mise en œuvre, ce qu’il avait demandé. Cette démarche aurait probablement révélé la famille Touloub. Il avait également contacté les journaux des pays du Maghreb pour diffuser le portrait de l’enfant, espérant que sa grand-mère, qui l’avait élevée au Maroc, la reconnaîtrait.

L’affaire a profondément marqué la carrière du magistrat, comme elle l’a fait pour tous ceux qui y ont travaillé. Il considère qu’il s’agit de l’affaire la plus lourde et la plus grave qu’il ait jamais traitée. Il souligne l’importance d’essayer de comprendre les raisons et les circonstances de ces actes effroyables lors du procès.

Le procès, très attendu, a été retardé de huit ans entre l’identification des parents en 2018 et sa tenue en 2026, suscitant des critiques et une marche blanche en 2025. La ténacité de la gendarmerie, notamment la section de recherches d’Orléans, a permis d’éviter que l’affaire ne tombe dans l’oubli, alors qu’elle approchait de la prescription.