Diglee explore les illusions du foyer parfait dans son nouveau livre, « Demeure »
En 2022, l’illustratrice et autrice Maureen Wingrove, connue sous le pseudonyme Diglee, réalise un rêve de longue date : l’acquisition d’une maison à la campagne. Située au cœur d’une forêt, cette chaumière est dotée d’un jardin, d’une mare et d’une cheminée, créant un cadre idyllique.
Cependant, l’attente d’un sentiment de soulagement se transforme en une profonde tristesse et anxiété. « J’éprouve une panique immense et une grande tristesse », confie-t-elle. Diglee aborde ce malaise dans son nouveau livre, « Demeure », publié le 30 octobre aux éditions La Ville brûle. Elle explique que l’écriture est née de la prise de conscience que la maison ne pouvait pas résoudre ses problèmes intérieurs.
Diglee, connue pour son blog et ses bandes dessinées, a progressivement orienté son travail vers des thèmes plus personnels, notamment avec « Ressac » (2021) et « Atteindre l’aube » (2024). « Demeure » mêle ses expériences personnelles à des références littéraires, invitant des figures telles que Colette, Virginia Woolf, Marguerite Duras, George Sand et Emily Dickinson à explorer le concept du chez-soi.
Le livre interroge également l’influence des images idéalisées de la vie à la campagne, omniprésentes sur les réseaux sociaux, notamment Instagram, où des rénovations de maisons et des intérieurs de style anglais créent un idéal de vie paisible et proche de la nature. Diglee s’interroge sur la sincérité de ces mises en scène, se demandant si elles représentent une véritable « slow life » ou une simple performance.
L’achat de cette maison a également mis à l’épreuve les convictions féministes de l’autrice, qui n’avait jamais partagé de domicile avec son compagnon en dix ans de relation. Elle se retrouve à adopter des rôles traditionnels, comme préparer les repas et faire le ménage, tandis que d’autres tâches, comme couper du bois, sont réservées à son partenaire. Cette situation l’amène à réfléchir sur la reproduction inconsciente de modèles de genre.
« Demeure » aborde également un aspect profondément personnel : l’enfance de Diglee, marquée par un « climat incestuel ». L’acquisition de sa propre maison était une nécessité, un moyen de s’éloigner d’un environnement familial où elle ne se sentait pas en sécurité. Elle souligne que, pour de nombreuses personnes, notamment les femmes et les enfants, le foyer peut être un lieu de violence.
Le livre explore également le thème des maisons hantées, à travers la littérature et le cinéma, comme une métaphore des démons intérieurs. Diglee exprime le désir de trouver un lieu sûr, dépourvu de monstres, faisant référence à son propre passé. Elle insiste sur l’importance d’aborder ce sujet, car « l’inceste amène toujours le silence. »
Enfin, Diglee envisage une réflexion sur les alternatives à la vie de couple traditionnelle, imaginant un futur où elle vieillirait entourée de ses amies, partageant des espaces et des ressources. Quatre ans après son emménagement, Diglee a trouvé un certain équilibre, annonçant un deuxième volet de son livre pour cet hiver, plus intime, consacré à la vie quotidienne au sein de cette maison. Elle reconnaît que la maison idéale n’existe pas, mais que l’écriture de cette expérience lui a permis de la vivre.