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Société

Une entreprise étudiante entretient les tombes à distance, comblant un besoin croissant

Marine Corbasson se repère avec difficulté entre les pierres tombales du cimetière du Kremlin-Bicêtre, recouvertes de feuilles mortes. Elle est chargée d’entretenir la tombe de Stéphanie, dont la sœur, résidant dans l’est de la France, ne peut se déplacer.

Illustration
Illustration Fil Clair.

Cette étudiante de l’EM Lyon a cofondé, en mai dernier, Alba, une entreprise innovante qui met en relation des familles souhaitant prendre soin des tombes de leurs proches et un réseau d’une centaine d’étudiants situés à proximité. L’idée est née d’une observation simple : de nombreuses tombes se dégradent, non pas par manque de respect, mais souvent par manque de temps ou de moyens. « Les gens n’ont pas le temps », résume Marine.

Alba propose un service d’entretien et de fleurissement à partir de quinze euros par mois, permettant de nettoyer une tombe deux fois par an. L’entreprise cumule déjà un millier de clients, dont certains expatriés, comme celui venant de Hong Kong qui a demandé à Alba de s’occuper de la tombe de ses parents dans un village du sud. Alba se positionne comme un prolongement de la présence des familles, leur envoyant des photos « avant/après » des prestations réalisées.

Marine, 20 ans, utilise des produits respectueux de l’environnement pour l’entretien. Elle observe attentivement chaque tombe avant de commencer le travail, désherbant, nettoyant et remplaçant les fleurs selon les instructions des familles. « On est déjà passés deux fois cette année », note-t-elle.

L’étudiante confie avoir surmonté ses appréhensions initiales face à cet environnement particulier. « Au début, j’avais peur de me retrouver toute seule au milieu des tombes, dans un univers pesant », explique-t-elle, soulignant qu’elle a été surprise de constater la présence constante de vie et de personnes au cimetière.

Marine et sa camarade ont pris une année de césure pour se consacrer pleinement à Alba, convaincues de son utilité dans une société où même l’entretien des tombes peut être négligé. « Dans un monde où on peut se faire livrer des sushis en vingt minutes, on ne peut même pas être sûr que la tombe de notre grand-père est fleurie à la Toussaint », déplore-t-elle.

Alba ne prend en charge que les tombes en bon état. Les tombes plus dégradées nécessitent des travaux plus importants, que la commune peut reprendre après trente ans si l’entretien n’est pas assuré. Marine quitte le cimetière du Kremlin-Bicêtre avec le sentiment d’avoir accompli une tâche utile, espérant que ce projet lui permettra de vivre à long terme de ce service. « Travailler en rapport avec les défunts, ça fait réfléchir sur soi, sur le sens de la vie… On ressort de là avec encore plus l’envie de profiter », conclut-elle.