Le secteur brassicole suisse en crise : deux cents brasseries ont disparu en cinq ans
Le paysage brassicole suisse connaît une période de turbulences, avec la disparition de deux cents brasseries au cours des cinq dernières années. Cette érosion est imputable à une conjonction de facteurs, incluant la flambée des coûts, l’évolution des tendances de consommation et une baisse générale de la consommation d’alcool.
Maël Theubet, fondateur de la brasserie Blackwood à Porrentruy, a récemment mis fin à son projet après huit ans d’activité. « J’ai un petit pincement au cœur, mais je suis soulagé de me dire qu’on finit sur une bonne page », a-t-il déclaré lors d’une émission. L’artisan a exprimé le besoin de se désengager, soulignant qu’il n’avait plus le temps nécessaire pour s’investir pleinement.
Selon Jérôme Rebetez, directeur de la Brasserie des Franches-Montagnes, pionnière de la bière artisanale en Suisse, le succès ne suffit plus. « Aujourd’hui, il ne suffit pas d’être artisan brasseur, il faut être un entrepreneur. » Son entreprise, lancée en 1997 et employant désormais une trentaine de personnes à Saignelégier, illustre la nécessité d’une approche professionnelle.
Les difficultés ne se limitent pas aux microbrasseries. Qrew Beer, une initiative de la plateforme de commerce en ligne QoQa, dont le chiffre d’affaires approche les 170 millions de francs, a également dû cesser ses activités à Bussigny (VD). Pascal Meyer, PDG de QoQa, déplore un décalage entre le projet initial et la réalité du marché. L’entreprise a été dépassée par les augmentations des coûts de l’électricité et des matières premières, conjuguées à une diminution de la consommation d’alcool.
Cependant, l’innovation persiste. Diane et Fabrice, fondateurs d’Arrow & Ale, ont lancé une brasserie mobile offrant des brassages participatifs. « On n’est plus juste sur le produit, mais sur tout un univers », explique Diane Hostettler, herboriste et graphiste. Leur approche met l’accent sur le contact direct avec les consommateurs, privilégiant le brassage « avec » plutôt que « pour ». Fabrice Tournelle, maître-brasseur et archéologue, souligne l’importance de créer une expérience globale autour de la bière.