Le salaire minimum en France : un retard européen ?
Suite à une nouvelle journée de manifestations contre le coût de la vie et pour de meilleurs équipements scolaires le 31 octobre dernier, la question de l’évolution du salaire minimum (Smic) est de nouveau au centre des débats.
Initialement prévu pour une revalorisation d'1 % au 1er janvier 2027 afin de suivre l’inflation, le gouvernement semble désormais ouvert à une augmentation plus significative.
Selon Yannick Jadot, sénateur écologiste, cette mesure est cruciale, soulignant que la France accuse un retard important par rapport à ses voisins européens. « Sur les dix dernières années, la France est le pays européen qui a le moins fait évoluer son Smic », affirme-t-il.
Cette affirmation, bien que fondée, nécessite quelques nuances. Une analyse des données d’Eurofound, l’agence de l’Union européenne, révèle que la France se classe dernière en termes d’augmentation du salaire minimum entre 2016 et 2026, avec une progression inférieure à 10 % en tenant compte de l’inflation.
À l’opposé, la Roumanie affiche une augmentation de près de 140 %, soit une multiplication par deux du salaire minimum. La Croatie et la Bulgarie ont également enregistré une hausse d’environ 90 %. Ce phénomène s’explique en partie par un effet de rattrapage des pays ayant rejoint l’Union européenne au début des années 2000 et 2010, où les salaires minimums étaient historiquement bas.
En Roumanie, le salaire minimum équivaut aujourd’hui à 795 euros bruts par mois, contre 1 823 euros en France. En Croatie, ce montant s’élève à 1 050 euros bruts.
Il est important de noter que certains pays membres historiques de l’Union européenne, comme l’Italie, la Suède et l’Autriche, ne disposent pas de salaire minimum. L’Allemagne a d’ailleurs seulement adopté un équivalent du Smic en 2015.
Les autres pays membres historiques, tels que l’Espagne, la Belgique et les Pays-Bas, ont augmenté leur salaire minimum plus considérablement que la France. L’Espagne a par exemple augmenté son salaire minimum de 22 % par décret en 2019, atteignant aujourd’hui 1 381 euros bruts mensuels. En Belgique, ce montant est de 2 112 euros, et aux Pays-Bas, il s’élève à 2 295 euros.
En France, le Smic a simplement suivi l’inflation ces dix dernières années, sans améliorer le pouvoir d’achat des travailleurs. De plus, les bas salaires, situés légèrement au-dessus du Smic, n’ont pas été suffisamment revalorisés, entraînant un rattrapage et même un dépassement par le Smic.
Selon la CGT, le nombre de conventions collectives dont le salaire minimum est inférieur au Smic a presque doublé depuis avril dernier, passant de 76 à 122. Cela signifie qu’aujourd’hui, plus de neuf millions de travailleurs en France gagnent moins que le Smic.