L’essor de l’IA influence le financement des entreprises dans la zone euro
Le développement rapide de l’intelligence artificielle (IA) commence à modifier les dynamiques de crédit en zone euro. Selon une estimation présentée par Philip Lane, membre du directoire de la Banque centrale européenne (BCE), lors d’un discours le 30 octobre 2026, l’expansion des entreprises liées à l’IA a contribué à une augmentation de 0,9 point de pourcentage de la croissance annuelle du crédit au premier trimestre 2026.
Ce chiffre représente près d’un quart de la croissance totale du crédit, qui s’élève à 3,4 % sur la période. L’estimation de la BCE, basée sur une analyse comparative du financement des entreprises liées à l’IA, révèle un afflux de capitaux significatif, même si le montant total des prêts à ces entreprises reste inférieur à 200 milliards d’euros.
Les entreprises du secteur de l’IA voient leur endettement progresser plus rapidement que dans d’autres secteurs. Depuis le début de 2025, elles ont augmenté leur dette de 1 à 1,5 point de pourcentage de plus que leurs homologues non exposées à l’IA. Cette tendance se traduit notamment par une augmentation de l’émission d’obligations.
Cette situation est en partie due au fait que les marchés de capitaux et de capital-risque européens sont moins développés qu’aux États-Unis, incitant les entreprises à recourir davantage au crédit bancaire et obligataire pour financer leur croissance.
Les besoins financiers varient considérablement selon les projets. Les infrastructures informatiques et les centres de données nécessitent des investissements initiaux importants, tandis que les logiciels et la formation du personnel reposent davantage sur des financements propres. La BCE exprime une préoccupation quant à un éventuel déficit de financement pour certaines dépenses cruciales à l’adoption de l’IA.
Une enquête bancaire de la BCE, menée en octobre 2026, indique que plusieurs institutions financières anticipent une demande soutenue de prêts pour les infrastructures numériques, en particulier les centres de données, privilégiant les fournisseurs d’infrastructures aux éditeurs de logiciels.
L’impact de l’IA se ressent également au sein des banques elles-mêmes, qui mettent de plus en plus en avant l’automatisation et la réduction des coûts comme avantages liés à l’IA. Cependant, les incidents informatiques et les problèmes de cybersécurité ont représenté 10 à 12 % des événements de risque opérationnel en 2025, soit le double de leur poids en 2018. Bien qu’il soit difficile d’isoler les incidents directement liés à l’IA, les pertes liées à l’ensemble des risques opérationnels ont atteint 0,9 % du capital bancaire agrégé en 2025.
Selon le média spécialisé Econostream, le financement de l’IA est sensible aux conditions monétaires. Les banques doivent concilier l’accompagnement des investissements numériques avec l’évaluation de la qualité des emprunteurs et la gestion des risques technologiques.
Les entreprises interrogées par la BCE estiment que l’IA a entraîné une augmentation d’environ 10 % de leurs projets de dépenses en capital. L’investissement numérique représente désormais 3,3 % du produit intérieur brut de la zone euro au premier semestre 2026, contre 2,3 % en 2014, un chiffre qui englobe bien plus que l’IA seule. Le discours de Philip Lane souligne une réorientation du financement et des projets d’investissement, mais les effets à long terme de l’IA sur la productivité et l’emploi demeurent incertains.