Un jeune Russe exilé en Belgique témoigne : entre répression et affirmation de soi
Jeudi soir, l’ambiance était électrique au bar queer The Agenda, situé en plein cœur de Bruxelles. Un spectacle de drag queens animait la soirée, attirant une foule enthousiaste.
Parmi les spectateurs, Gorr, 21 ans, a participé à un concours de playback, remportant un cocktail. Quelques heures auparavant, il a accepté de partager son histoire.
Gorr a fui la Russie il y a quelques mois, après avoir été témoin du recul des droits LGBT dans son pays. Sa mère, documentariste politique, s’est engagée à dénoncer cette situation, un courage qu’il admire profondément. « J’ai quitté la Russie parce que ma maman réalise des documentaires politiques. Elle a documenté le recul des droits LGBT dans le pays et a décidé de dédier sa vie à la vérité. Pour cela, elle est un modèle de courage à mes yeux. Elle a tout sacrifié pour moi. »
La mort d’Alexeï Navalny a suscité une vague de rassemblements en Russie, mais Gorr souligne le danger inhérent à de tels actes de deuil. « Ce moment était particulièrement beau, car il était partagé par une population qui s’oppose au régime. Mais il était aussi terrifiant. Dans ce pays, tu réalises que tu ne peux même pas déposer des fleurs sans subir de répression. » Une amie de Gorr a été arrêtée, et il a lui-même échappé à la police en dissimulant son identité.
En Belgique, Gorr apprécie la liberté de vivre ouvertement son homosexualité, une expérience contrastante avec la Russie où son orientation sexuelle était une source constante de préoccupation. « Ici, mon orientation sexuelle fait partie de ma personne, au même titre que la couleur de mes yeux ou de mes cheveux. En Russie, ça prenait beaucoup plus de place. »
Il est fier d’avoir trouvé le courage de s’exprimer, affirmant que le silence n’est pas une option. « Je suis fier d’avoir eu ce courage, particulièrement sur les questions gays. Rien n’est effrayant en ce monde et il faut se battre pour la vérité à tout prix. »
Gorr se souvient avec amusement de ses débuts dans le drag russe, où il se maquillait en cachette et devait se faufiler à travers la rue pour rejoindre ses amis. Il considère cette pratique comme une forme de résistance. « Le contexte dans lequel existe cet art est tellement risqué que chaque performance est un message politique à lui tout seul. Le drag est un art qui peut aussi guérir les traumatismes de ces artistes, c’est le moyen de fuir la réalité. »
Il apprécie l’atmosphère belge, un mélange de sérieux et de légèreté, et envisage un avenir stable à Bruxelles, entouré de sa famille et fidèle à ses valeurs.