Corruption en prison : deux anciennes surveillantes condamnées et une témoin révèle les pressions
Deux anciennes surveillantes du centre pénitentiaire d’Aiton ont été récemment condamnées par le tribunal d’Alberville pour corruption. L’une a écopé d’un an de prison ferme, l’autre de deux ans, et les deux ont vu leur condamnation immédiatement exécutée, bien qu’elles aient fait appel. Les accusations portent sur leur implication dans le passage de drogues en contrebande, l’une en échange de 3.000 euros, l’autre motivée par une relation avec un détenu.
L’avocate de l’une des accusées, Me Sylvie Morardet-Vallet, a souligné un contexte de vulnérabilité : « C’est arrivé à un moment dans leur vie où elles étaient dans un état qui a fait que oui, elles ont pu répondre à ces demandes de détenus et à franchir cette limite. »
Ces condamnations s’inscrivent dans une tendance à l’augmentation des sanctions à l’encontre d’agents pénitentiaires, souvent pour des délits liés à la contrebande de téléphones, de cigarettes ou de drogues.
Une ancienne surveillante, Erika, témoigne à visage caché, révélant avoir été radiée et condamnée à porter un bracelet électronique pour avoir fourni des cigarettes à un détenu en échange de plus de 1.500 euros. « Il m’a prêté de l’argent. Voilà pourquoi j’ai été condamnée, parce que j’ai eu des échanges avec un détenu et que c’est interdit », explique-t-elle.
Erika décrit un environnement carcéral difficile, marqué par la violence et le manque de soutien. Elle affirme avoir reçu des menaces de détenus, la mettant sous pression pour faciliter le passage de contrebande. « Ils avaient mon numéro, ils avaient l’adresse. J’ai eu le droit à des SMS en me disant 'de faire rentrer' parce que sinon mes enfants ou moi, ça allait mal se finir. »
Son avocate, Me Hannah Genin-Schmite, insiste sur le manque d’encadrement et de soutien psychologique comme facteurs contribuant à la vulnérabilité des agents.
Un rapport de l’Agence française anticorruption révèle que les surveillants de prison sont proportionnellement plus touchés par la corruption que les douaniers, les gendarmes ou les policiers, avec une dizaine de condamnations par an. Le profil type du surveillant corrompu serait un homme d’une moyenne d’âge de 32 ans.
Le ministère de la Justice met en place des outils de détection, mais reconnaît la difficulté de déterminer si l’augmentation des condamnations est due à une réelle augmentation de la corruption ou à une meilleure détection.
Au centre pénitentiaire de Caen, des formations spécifiques et un code de conduite sont mis en place pour sensibiliser le personnel et prévenir la corruption, selon le directeur, Vincent Ravoisier.