L’ingénieure Chloé Carrière remet en question l’avenir de l’exploration spatiale
Chloé Carrière, ingénieure aérospatiale, influenceuse et vulgarisatrice, connue sous le pseudonyme 'Galactic Chloé', a récemment lancé un documentaire intitulé « Le procès de l’espace » en collaboration avec l’EPFL. Ce film, disponible sur YouTube, explore les enjeux de la durabilité dans le secteur spatial et interroge la passion de l’auteure pour l’espace.
Chloé Carrière confesse que le secteur qu’elle étudie depuis une dizaine d’années a considérablement changé. Ce qui était autrefois une source de fascination est désormais teinté de doutes.
L’évolution du secteur spatial est marquée par une prolifération rapide et un manque de transparence. « Lorsque j’ai commencé mes études à l’EPFL, on comptait environ 6000 ou 7000 satellites en orbite, principalement dédiés à des missions scientifiques, » explique-t-elle.
Le lancement de la fusée Falcon 9 de SpaceX en 2005-2006 a été un tournant. Il a ouvert l’accès à l’espace à des entreprises et à des pays au-delà des acteurs traditionnels comme l’URSS, les États-Unis, l’Europe et le Japon. Cela a permis le développement d’un modèle économique basé sur la vente de services, une perspective auparavant inenvisageable.
« Aujourd’hui, l’espace est majoritairement occupé par des entreprises américaines, avec une présence militaire croissante, » souligne-t-elle. La densité du trafic spatial a nécessité une gestion quotidienne, certaines orbites étant saturées de débris et l’atmosphère polluée. Bien que la gestion des risques de collision soit étudiée, l’impact environnemental reste largement négligé.
« C’est un questionnement constant, » déclare Chloé Carrière. « Au début, je me passionnais pour l’astrophysique, puis l’ingénierie aérospatiale, et l’exploration habitée. Aujourd’hui, face au changement climatique, je réalise que la durabilité est tout aussi importante. »
Le chercheur Julien Aslanides plaide pour un « spatial utile », capable de compenser son impact environnemental. Cette approche est soutenue par la vulgarisatrice.
« Il est essentiel de faire un bilan d’utilité pour chaque projet, » affirme Chloé Carrière. « Dans le secteur spatial, on ne se pose pas souvent ces questions, alors que la majorité du financement provient de fonds publics, c’est-à-dire de nos impôts. »
Malgré ces préoccupations, l’espace reste indispensable pour des services tels que la météorologie, le GPS, l’observation de la Terre et la recherche astrophysique. Cependant, la pertinence de l’exploration spatiale habitée est remise en question.
« L’avenir du spatial devrait être une discussion citoyenne, » insiste Chloé Carrière.
Dans cette optique, elle co-organisera un procès fictif, « L’affaire des méga-constellations », le 6 novembre au Casino de Montbenon à Lausanne, avec notamment l’astronaute suisse Claude Nicollier. Le public sera le jury.