Le gouvernement espagnol envisage de retirer jusqu’à 20 % de la production d’huile d’olive
Le gouvernement espagnol s’apprête à intervenir pour la première fois dans le marché de l’huile d’olive, face à une récolte abondante. Le ministère de l’Agriculture a publié un décret préparant le retrait de jusqu’à 20 % du produit, une décision finale qui sera communiquée avant le 15 novembre. L’objectif est d’éviter une chute des prix due à une offre excédentaire, surnommée « l’or liquide ».
L’huile retirée sera stockée dans les moulins, augmentant ainsi les réserves disponibles pour les futures campagnes. Cette initiative, approuvée par la Commission européenne, vise également à prévenir une pénurie et une flambée des prix en cas de sécheresse, après les difficultés rencontrées en 2022 et 2023, où le litre d’huile avait dépassé les 10 euros en supermarché en raison du manque de précipitations et des températures élevées.
Cette mesure suscite des inquiétudes au sein des moulins, qui craignent une augmentation de leurs coûts de conservation. Néanmoins, les opérateurs bénéficient d’une certaine flexibilité, pouvant choisir la catégorie d’huile à retirer, leur permettant ainsi de privilégier le stockage des huiles de qualité inférieure et de maintenir sur le marché les huiles à plus forte valeur ajoutée.
La mesure n’est pas définitive et sera réévaluée en fonction de l’évolution des prix et de la demande jusqu’en 2027. Le non-respect de cette obligation pourrait entraîner des amendes pouvant atteindre 10 000 euros, surveillées par les autorités régionales.
Pour les agriculteurs, cette intervention représente un soulagement, leur permettant de vendre leurs produits à un prix couvrant leurs coûts de production. Ils dénoncent une situation où ils ne sont payés que 3,26 euros par kilo, contre un prix estimé à 5 euros pour couvrir leurs coûts, un niveau qu’ils n’atteignent pas depuis décembre 2024. Cette différence ne se traduit pas par une baisse équivalente pour les consommateurs, qui n’ont constaté qu’une légère diminution du prix en supermarché.
Le gouvernement justifie cette action par la nécessité d’éviter une surabondance qui pourrait déstabiliser le marché, comme indiqué dans l’ordre d’application pour la campagne 2026/2027. Le ministère affirme avoir consulté les régions et les organisations professionnelles du secteur, soulignant que les conditions printanières favorables ont permis une floraison et un développement du fruit exceptionnels, conduisant à une récolte estimée à 1,6 million de tonnes, supérieure aux 1,38 million de tonnes de l’année précédente et aux moins de 800 000 tonnes des années de sécheresse.
La Commission nationale des marchés et de la concurrence (CNMC) s’est montrée critique envers cette intervention, craignant des effets négatifs sur la concurrence et les consommateurs. Cependant, la Commission européenne autorise ce type de mesures dans le cadre du règlement (UE) 1308/2013, visant à stabiliser le marché de l’huile d’olive. L’Espagne a transposé cette législation en 2021.
Des démarches similaires avaient été engagées l’année dernière, mais reportées en raison d’une production moins importante que prévu. La situation actuelle permet au ministère de l’Agriculture de mettre en œuvre cette mesure inédite.