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International

Pression américaine sur les prix des médicaments : la Suisse entre le marteau et l’enclume

Les coûts des médicaments en Suisse figurent parmi les plus élevés au niveau mondial, bien qu’ils restent inférieurs à ceux observés aux États-Unis.

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Illustration Fil Clair.

Washington exerce une pression croissante sur les laboratoires pharmaceutiques pour qu’ils réduisent les tarifs des nouveaux traitements sur son sol. Cette situation représente un défi pour les géants suisses Roche et Novartis : une baisse des prix sur le marché pharmaceutique le plus important au monde pourrait impacter leurs revenus.

En réponse, l’industrie pharmaceutique tente de négocier des prix plus élevés dans d’autres pays. Une nouvelle étude conjointe de l’EPFZ et de l’Université de Zurich révèle que si la Suisse et d’autres nations cédaient aux exigences américaines, les assurés suisses pourraient supporter des coûts supplémentaires s’élevant à plusieurs centaines de millions de francs par an. « La Suisse doit trouver une manière de gérer cette pression américaine », a déclaré Kerstin Vokinger, co-autrice de l’étude.

Les États-Unis ambitionnent de devenir la « nation la plus favorisée », bénéficiant des meilleures conditions. Pour atteindre cet objectif, ils comparent désormais leurs prix avec ceux de pays de référence, dont la Suisse. Ce mécanisme pourrait inciter l’industrie pharmaceutique à exercer une pression sur ces pays pour qu’ils augmentent leurs prix, car plus les médicaments y sont chers, plus les entreprises peuvent obtenir de revenus aux États-Unis. Inversement, un refus de céder à ces exigences pourrait entraîner le retrait de certains médicaments du marché, afin d’éviter une baisse des prix sur le territoire américain.

Aucun pays ne souhaite afficher les prix les plus bas, au risque de compromettre l’accès aux traitements innovants. Cette situation pourrait ainsi déclencher une escalade entre les nations. « Cela pourrait conduire les pays à se concurrencer en proposant des prix toujours plus élevés », explique Kerstin Vokinger.

René Buholzer, directeur d’Interpharma, l’association des grandes entreprises pharmaceutiques suisses, souligne que la Suisse doit s’adapter : « Le prix sur le petit marché suisse peut devenir déterminant pour le grand marché américain. » Cela implique une augmentation des prix, faute de quoi les médicaments innovants ne seraient plus disponibles en Suisse.

L’Office fédéral de la santé publique reconnaît que cet argument est déjà avancé par l’industrie, mais estime qu’une hausse généralisée des prix ne serait pas justifiée, compte tenu de l’incertitude entourant la mise en œuvre à long terme du nouveau système américain.

Kerstin Vokinger nuance également l’influence des prix suisses sur le marché américain, affirmant qu’ils ne sont pas actuellement parmi les plus bas. Leur importance ne deviendrait déterminante que si d’autres pays augmentaient les leurs.

L’étude recommande à la Suisse de rechercher des solutions coordonnées avec d’autres pays, soulignant qu’une surenchère extrême pourrait avoir l’effet inverse de celui recherché par les États-Unis : une hausse des prix dans les autres pays, au détriment des patients.