Nouvelle-Zélande : La production laitière intensive face à ses conséquences environnementales
La Nouvelle-Zélande, surnommée la « laiterie du monde », est le premier exportateur mondial de lait et de beurre. Le pays abrite des fermes laitières d’une taille impressionnante, avec une production industrialisée et une gestion précise. Cependant, cette production intensive s’accompagne d’accusations de pollution des lacs et des rivières.
Dès 6 heures du matin, la traite commence dans les fermes. Le processus est largement automatisé, avec 80 vaches traites toutes les 9 minutes, gérées par seulement trois employés pour un troupeau de 1 500 bovins. Les fermes néo-zélandaises sont généralement six à sept fois plus grandes que celles de France.
Scott Mackereth, dirigeant d’une unité de production du groupe Fortuna, qui compte 17 000 vaches, utilise des technologies de pointe pour optimiser les rendements. Chaque vache est équipée d’une puce d’identification par radiofréquence, permettant un suivi précis de sa santé et de sa production. « Ici, chacune de ces bêtes a une puce d’identification par radiofréquence. Quand elle arrive sur le tourniquet, en fonction de ses paramètres, chaque vache reçoit une quantité individuelle de nourriture liée à sa production de lait, son poids et ses caractéristiques individuelles », explique-t-il.
Grâce à l’intelligence artificielle et aux capteurs électroniques, Mackereth peut surveiller son cheptel à distance et obtenir des données en temps réel. Il peut ainsi suivre le temps passé par chaque vache à ruminer, brouter ou se reposer. « Ça c’est la vache 138. Elle a ruminé pendant environ 471 minutes ces dernières 24 heures. Elle a brouté 756 minutes et s’est reposée pendant 474 minutes. Donc c’est une vache en bonne santé et avoir des vaches en bonne santé qui produisent beaucoup de bon lait, c’est notre objectif ultime. »
L’efficacité de la production se traduit également par la gestion des pâturages, où le troupeau change de parcelle toutes les trois ou quatre heures grâce à des clôtures virtuelles contrôlées par GPS. Chaque vache porte un collier électronique, une innovation d’une start-up néo-zélandaise, qui émet des signaux sonores et des vibrations, et un léger choc électrique en cas de dépassement de la limite virtuelle.
Cependant, ce modèle de production intensif a un coût environnemental élevé. L’industrie laitière est pointée du doigt pour sa consommation massive d’eau, entraînant l’assèchement et la pollution des rivières, due aux nitrates provenant des déjections animales et des engrais. Une étude universitaire révèle qu’environ un Néo-Zélandais sur cinq est exposé à une eau contaminée au nitrate, potentiellement cancérigène.
Brian Patchett, comme beaucoup d’autres, a dû investir dans un système de récupération d’eau de pluie. « L’eau passe à travers les filtres et par un système ultraviolet », explique-t-il, déplorant une situation qu’il juge « totalement inacceptable ». Le gouvernement a mis en place des mesures, comme la réduction de l’utilisation d’engrais azotés et l’interdiction de nouveaux élevages dans certaines régions, mais ces actions sont jugées insuffisantes par les scientifiques et les ONG, qui estiment que la priorité est accordée au business du lait au détriment de la protection de l’environnement.