Canicule : Comment les critères d’achat immobilier évoluent face aux fortes chaleurs
Sophia, résidant à Livry-Gargan (Seine-Saint-Denis), cherche à vendre sa maison construite dans les années 1950, rénovée il y a dix-huit mois. Les fortes chaleurs estivales ont rendu son logement inconfortable, obligeant sa famille à passer ses nuits au rez-de-chaussée après que ses filles, dormant sous les combles isolés, aient souffert de la chaleur.
Les agents immobiliers constatent désormais un changement significatif dans les attentes des acheteurs. « Ils se demandent si leur logement est habitable par 35 degrés », explique Valérie Parracone, d’Era Immobilier Montreuil. Les critères ont changé : les biens exposés au soleil, sans volets, sont désormais moins prisés, tandis que les chambres orientées au nord, les logements aérés et même les rez-de-chaussée, naturellement plus frais, sont privilégiés. Les jardins et la climatisation, présente dans 10 % des biens, deviennent également des atouts.
Les plateformes immobilières s’adaptent en offrant des outils de recherche plus précis : SeLoger permet de filtrer selon des critères comme la fraîcheur estivale, Bien’ici simule l’ensoleillement d’un logement, et PAP note le confort d’été, avec une augmentation de 15 % pour une climatisation réversible et de 5 à 10 % pour des volets.
Cependant, il n’existe pas encore de système d’évaluation standardisé. Thomas Lefebvre, directeur scientifique de SeLoger, prévoit que les logements mal adaptés finiront par perdre de la valeur, comme les biens classés DPE F ou G. Un exemple : un appartement de 50 m² sous les toits du XVIIe arrondissement de Paris a été vendu 380 000 euros, contre 490 000 euros au début de l’année 2026.
Une réforme du DPE est envisagée pour mieux évaluer le confort estival. Le ministre du Logement, Vincent Jeanbrun, encourage l’installation de volets et de pompes à chaleur réversibles, même dans les copropriétés haussmanniennes. Henri Busy-Cazaux, président de l’Institut du management des services immobiliers, souligne que l’on se penche pour la première fois sur la qualité du bâti en fonction de la canicule.
Certains experts, comme Yves Le Marrec, tempèrent en soulignant la difficulté d’imposer de nouvelles réglementations aux propriétaires déjà confrontés à des obligations de rénovation énergétique. Benjamin Taveau rappelle l’importance de la « mémoire du risque ».
Une étude du Syndicat des experts évaluateurs immobiliers, publiée en septembre, révèle un intérêt croissant depuis 2020 pour les « territoires refuges » de la façade nord-ouest du pays, au détriment des régions côtières du sud, vulnérables aux chaleurs supérieures à 30 degrés et à leurs conséquences.