Île-de-France : Les contenus des anciens « manuels libres » persistent malgré une décision de justice
Les éditeurs privés dénoncent auprès de France Culture, le 3 novembre, la persistance de contenus similaires à ceux des anciens « manuels libres » de la région Île-de-France dans les lycées, malgré une ordonnance judiciaire exigeant leur retrait au plus tard le 2 novembre.
La région, dirigée par Valérie Pécresse (Les Républicains), avait mis en place, depuis plusieurs années, la distribution gratuite de manuels scolaires numériques, présentés comme ouverts et modifiables, accessibles via la plateforme Pearltrees.
Les éditeurs privés, par l’intermédiaire de leur association, Les Editeurs d’éducation, avaient initialement dénoncé une concurrence déloyale. La région Île-de-France affirme avoir retiré les manuels de Pearltrees, conformément à la décision de justice.
Cependant, Pearltrees est désormais éditeur et propose des manuels aux lycéens franciliens dont le contenu est très proche de celui des anciens manuels régionaux. « Bien sûr qu’il y a des contenus communs », reconnaît Patrice Lamotte, PDG de Pearltrees. Me Emmanuel Glaser, avocat de l’association Les Éditeurs d’éducation, considère cela comme un « détournement de la décision de justice ».
Les éditeurs privés signalent une chute de 80 % de leurs revenus en Île-de-France. L’avocat souligne que la région n’a pas la légalité d’éditer des manuels scolaires, son rôle étant l’entretien des bâtiments. Il ajoute qu’il est impossible de connaître le coût de création de ces manuels à partir des comptes de la région.
Depuis 2019, la région a entrepris une vaste numérisation des lycées, avec l’équipement des élèves en tablettes et ordinateurs. Un contrat de 18 millions d’euros a été conclu avec Pearltrees en 2023 pour diffuser ces contenus numériques.
Une décision judiciaire, rendue le 26 mai, avait jugé illégale l’édition de ces manuels par la région sur Pearltrees. La région a fait appel, et la procédure est toujours en cours. La cour administrative d’appel de Paris avait fixé au 2 novembre la date limite de retrait des manuels.
L’initiative a été reprise par la région Bretagne, présidée par Loïg Chesnais-Girard (DVG), qui a également adopté les manuels numériques initialement conçus par l’Île-de-France via Pearltrees. Cette mesure est critiquée par des parents d’élèves, comme Florent Souillot, cofondateur de l’association Lève les yeux, qui prône un retour aux manuels imprimés, comme dans les pays scandinaves.
Certains estiment que les fonds publics alloués à la numérisation devraient financer des plateformes publiques et gratuites, comme Éléa, plutôt que des plateformes privées.