Novi Sad : hommage aux victimes de la catastrophe ferroviaire, un symbole de changement politique
Des milliers de personnes sont attendues à Novi Sad ce dimanche pour commémorer les victimes de l’effondrement de l’auvent de la gare, une tragédie qui a déclenché un mouvement de protestation ayant conduit, il y a une semaine, à la chute du parti au pouvoir.
La cérémonie marque le deuxième anniversaire de cet accident qui a coûté la vie à 16 personnes, dont deux jeunes sœurs âgées de six et dix ans. L’incident, survenu dans la gare récemment rénovée de cette deuxième ville de Serbie, a suscité un deuil national et de profondes interrogations quant aux conditions de cette rénovation, estimée à plusieurs millions d’euros.
Cet événement tragique a été le catalyseur de manifestations parmi les plus importantes que la Serbie ait connues depuis la chute de Slobodan Milosevic en 2000. « C’est difficile de revenir sur le lieu où tout est arrivé », a confié à l’AFP Dijana Hrka, dont le fils Stefan, 27 ans, a péri dans l’effondrement. « Et chaque fois, c’est de plus en plus dur », a-t-elle ajouté.
Cette année, la commémoration coïncide avec les suites des élections législatives anticipées, où le mouvement étudiant a triomphé, revenant sur le lieu de ses premières protestations. Dijana Hrka, devenue un symbole de ce mouvement, affirme que la quête de justice lui a redonné de l’espoir. « Le soutien des gens a énormément compté pour moi », a-t-elle déclaré, se remémorant ces deux années difficiles.
La liste soutenue par les étudiants a remporté 140 des 250 sièges de l’Assemblée nationale, lui permettant de gouverner seule. Mme Hrka espère que ce changement politique majeur accélérera les enquêtes sur la tragédie. « Je crois que justice sera rendue. C’est la seule chose qui me fait tenir actuellement, savoir qu’il y aura justice », a-t-elle affirmé.
Dans les jours suivant la défaite électorale du parti nationaliste d’Aleksandar Vucic, les étudiants ont réclamé des avancées dans de nombreux dossiers de corruption et de meurtres non résolus, ainsi que de nouvelles enquêtes sur les projets gouvernementaux antérieurs.
Plusieurs enquêtes concernant la catastrophe de Novi Sad sont en cours, mais aucun procès n’a débuté. L’ancien ministre de la Construction, Goran Vesic, a été inculpé en 2025, aux côtés de 12 autres personnes, pour crime grave contre la sécurité publique. Il est également soupçonné de corruption dans une enquête distincte concernant le financement du projet, aux côtés d’un autre ancien ministre, Tomislav Momirovic. Le Parquet européen mène une enquête séparée sur un possible détournement de fonds de l’Union européenne liés à la rénovation.
« Si nous réussissons à les mettre derrière les barreaux maintenant, cela ne se reproduira jamais », a estimé Dijana Hrka. « J’espère que ce sera la dernière fois que nous aurons à descendre dans la rue en si grand nombre à cause d’une tragédie. C’est tout ce que j’espère », a conclu la mère de Stefan.