L’importance cruciale des relations amoureuses pour les hommes, une fragilité sociale ignorée
Pendant des siècles, l’image de l’homme autosuffisant, reniant le romantisme, a été glorifiée. Iris Wahring, chercheuse spécialisée en psychologie des relations de couple, réfute cette idée dans son essai publié dans la revue Psyche. Sa thèse est que l’amour pèse davantage dans la vie des hommes que dans celle des femmes, une vulnérabilité que la société a longtemps négligée.
L’auteure souligne que la littérature a perpétué ce mythe, citant Francis Bacon et Rudyard Kipling. Alors que les femmes sont traditionnellement dépeintes comme étant consumées par le désir d’aimer, les hommes sont présentés comme indépendants et accomplis.
« Les choses ne fonctionnent pas ainsi », affirme Wahring. Son analyse de plus de 50 études empiriques et méta-analyses menées entre 2023 et 2024 révèle que la masculinité est plus fragile qu’on ne le pense.
L’étude montre que les hommes célibataires accordent plus d’importance à une relation pour leur bonheur, expriment un plus grand désir de trouver un partenaire et ressentent plus intensément la solitude. Ils tombent plus rapidement amoureux et sont plus souvent confrontés au rejet amoureux. Une étude de 2022, dirigée par Christopher Watkins à l’Université d’Abertay, a même révélé que les hommes sont souvent les premiers à prononcer les mots « je t’aime » dans les relations hétérosexuelles.
Bien que les deux sexes bénéficient d’un bien-être et d’une meilleure santé lorsqu’ils sont en couple, les hommes en retirent davantage. Un méta-analyse de 2020, menée par Yafeng Wang à l’Université de Wuhan, portant sur 7,9 millions de personnes et 1,9 million de décès, a révélé que les hommes célibataires présentent un risque de mortalité 46 % plus élevé que les hommes en couple, contre 22 % pour les femmes.
Les ruptures sont souvent initiées par les femmes (60 % à 70 % selon des études américaines, allemandes et néerlandaises), et les hommes souffrent davantage de la séparation, ayant plus de mal à trouver des aspects positifs, à apprendre de l’expérience, et étant plus susceptibles de recourir à l’alcool ou à d’autres substances. Le risque de suicide chez les hommes double après un divorce.
Selon Michael Wilson, expert en santé masculine à l’Université de Melbourne, le risque est particulièrement élevé pendant la période de séparation.
Wahring explique cette situation par un manque d’intimité, les hommes recevant moins de soutien émotionnel de leurs amis et de leur famille que les femmes. Cette carence commence dès l’enfance, les garçons s’ouvrant moins avec leurs amis que les filles. La société enseigne aux hommes à réprimer leur vulnérabilité, ce qui les rend particulièrement dépendants de leur relation amoureuse pour leur bien-être émotionnel.
Elle appelle à un changement systémique, encourageant les parents à élever leurs enfants à valoriser l’expression émotionnelle et les écoles à promouvoir l’importance des amitiés proches. « Nous élevons des enfants qui seront des hommes totalement dépendants de leurs partenaires pour leurs besoins émotionnels de base. C’est une charge injuste pour les femmes et cela nuit activement à la santé et à l’espérance de vie de millions d’hommes », conclut-elle.