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Société

Google cède face aux pressions sur l’IA dans les écoles, mais impose un choix difficile

Après plusieurs mois de résistance, Google a annoncé en novembre 2026 la désactivation par défaut de son assistant IA Gemini dans les écoles américaines. Cette volte-face stratégique s’accompagne d’une contrainte économique majeure : les établissements qui refusent l’IA se verront privés de l’accès à Google Search, l’intelligence artificielle étant désormais intégrée au moteur de recherche. Cette situation binaire met en lumière les limites de l’influence commerciale de Google dans le secteur de l’éducation.

Illustration
Illustration Fil Clair.

La décision de Google intervient suite à une vague de critiques de la part de parents, d’enseignants et de représentants élus, débutant en août 2026. L’activation par défaut de Gemini dans Classroom pour tous les élèves avait exposé potentiellement 150 millions d’utilisateurs de Google Classroom à des outils d’IA générative sans le consentement explicite des écoles.

Les villes de New York et Los Angeles ont été parmi les premières à prendre des mesures, annonçant en septembre 2026 leur intention de restreindre l’utilisation des outils d’IA sur les appareils scolaires. New York avait déjà désactivé Gemini sur les Chromebooks, des ordinateurs abordables largement utilisés dans les écoles américaines (50 millions en circulation). Le maire Zohran Mamdani a dénoncé une tentative de Google d'« utiliser son pouvoir de monopole pour imposer l’IA dans nos écoles publiques ».

En octobre 2026, deux sénateurs américains, Richard Blumenthal et Josh Hawley, ont demandé des comptes à Google concernant l’activation par défaut de l’IA, soulignant les risques pour les 150 millions d’élèves utilisant la plateforme. Face à cette pression politique bipartite, Google a été contraint de céder, mais en imposant des conditions techniques.

Le déploiement des nouveaux paramètres se fera progressivement, début 2027 aux États-Unis, puis à l’échelle mondiale. Ce délai permet à Google d’ajuster sa stratégie et de préparer les administrateurs scolaires au changement.

Google justifie ce report par la nécessité de négocier avec les districts scolaires et de minimiser les désactivations massives, chaque refus représentant une perte potentielle de revenus publicitaires et de données d’usage.

Chris Phillips, vice-président et directeur général de Google pour l’éducation, a affirmé : « Search et l’IA sont profondément intégrés. Les élèves des établissements qui ne choisissent pas d’activer ces services n’auront pas accès à la recherche et verront un message de leur école indiquant que le service n’est pas disponible. » Cette déclaration souligne l’impossibilité de séparer l’IA des fonctions essentielles du moteur de recherche.

Les écoles se retrouvent donc devant un choix : accepter l’IA, y compris les AI Overviews (dont seulement 42 % sont entièrement vérifiables selon une étude de la Washington University in St. Louis), ou renoncer à Google Search. Pour les écoles fortement dépendantes de l’écosystème Google (Gmail, Docs, Classroom), cette alternative est souvent inenvisageable. Google prétend que ces changements « donnent aux écoles plus de choix, pas moins », une affirmation contestée par les élus.

Cette situation ouvre la voie à des concurrents comme DuckDuckGo et Microsoft (avec Bing et Copilot), qui pourraient séduire les écoles soucieuses de préserver les méthodes d’apprentissage traditionnelles. Le marché de l’edtech, historiquement dominé par Google à 70 %, pourrait se fragmenter.

La perte de revenus publicitaires et de données comportementales des 150 millions d’élèves pourrait également impacter significativement Google. Pour tenter d’apaiser les inquiétudes, Google a introduit « Guided Learning », un mode d’apprentissage qui pose des questions plutôt que de fournir directement les réponses. Cependant, il reste à voir si cette mesure sera suffisante pour rassurer les écoles. La bataille de l’IA scolaire ne fait que commencer.