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Société

Europe : Montée de la colère sociale face aux inégalités et à l’incertitude

Des manifestations ont éclaté à Lisbonne, Tirana, Paris et Cologne, témoignant d’un mécontentement croissant face à des coûts de logement exorbitants, une baisse du pouvoir d’achat et un sentiment général d’abandon. Selon un expert, « le prix du logement s’est complètement déconnecté des revenus de la majorité de la population dans de nombreuses villes européennes. »

Illustration
Illustration Fil Clair.

Cette colère, bien que née de contextes variés, converge souvent autour de besoins essentiels non satisfaits. Les questions liées à l’alimentation et à l’énergie sont devenues sources de tensions quotidiennes.

Un paradoxe est également pointé du doigt : la prospérité et le développement technologique des sociétés européennes contrastent avec leurs difficultés à garantir des besoins aussi fondamentaux que le logement, la nourriture, les soins et l’éducation.

En France, la situation s’intensifie. Les syndicats ont appelé à une grève générale pour ce jeudi, les étudiants bloquent les établissements et les Gilets jaunes annoncent leur retour dans les rues.

Ces luttes, autrefois distinctes, se rejoignent, remettant en question l’idée d’un simple conflit générationnel ou d’une révolte isolée de la jeune génération. Nicolas Duvoux parle d’une « conjonction d’inquiétudes sociales, économiques et, dans le cas français, politiques ».

Un facteur clé en France est l’incertitude quant à la capacité des élections présidentielles et législatives de l’an prochain à résoudre les problèmes de la population. Pour beaucoup, le système électoral ne représente pas une solution.

L’aggravation de la crise climatique contribue également à ce climat d’anxiété, les épisodes de chaleur extrême ayant convaincu de nombreux citoyens que l’inconfort est une réalité durable.

Au-delà des revendications matérielles, Nicolas Duvoux observe une perte de confiance dans l’avenir. « Une partie de ce qu’on vit au quotidien, des satisfactions, des frustrations, des attentes, des colères, sont liées à notre capacité à penser que demain sera meilleur qu’aujourd’hui. »

Ce ressort psychologique est aujourd’hui fragilisé, le futur n’étant plus perçu comme porteur d’amélioration, que ce soit sur le plan environnemental, économique ou politique. Cette situation crée une « forme de crispation extrêmement intense ».

La mobilisation des jeunes, bien que diverse à travers l’Europe, s’explique par le fait que « le futur se dérobe devant eux alors qu’ils doivent construire leur place dans la société ».

Le risque est une fracture croissante entre ceux qui se sentent impliqués dans les décisions et ceux qui se sentent « rejetés, marginalisés ». Des exemples tels que le Brexit, les tensions en Allemagne de l’Est et la situation aux États-Unis illustrent cette tendance.

Nicolas Duvoux met en garde : ces signaux d’inquiétudes existentielles doivent être pris au sérieux, car ils finiront par se manifester d’une manière ou d’une autre. Sans cela, les démocraties risquent de voir leurs fondements remis en question. « C’est un peu minuit moins une pour nos démocraties », avertit-il.