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Société

De la crosse des fusils aux LBD : l’évolution des outils de maintien de l’ordre en France

L’histoire des méthodes de gestion des manifestations en France est intimement liée à l’évolution du droit de manifester lui-même. Pendant longtemps, les rassemblements publics étaient interdits, perçus comme des menaces de révolte. Initialement, l’armée assurait la répression, même lorsque le droit de grève fut reconnu en 1864 sous le Second Empire.

Illustration
Illustration Fil Clair.

Les forces de l’ordre utilisaient alors des fusils, principalement pour maintenir une ligne face aux manifestants et les frapper avec la crosse. La baïonnette était rarement employée. Les gendarmes étaient équipés de mousquetons, et l’utilisation de la cavalerie, avec des dragons et une garde nationale à cheval armés d’épées, permettait de frapper les manifestants au plat de la lame pour éviter les blessures graves.

Dans les années 1930, cette pratique était encore courante. Dans les situations de tension extrême, l’ordre de tirer était donné, comme lors du 1er mai 1891 à Fourmies, où des ouvriers, considérés comme des citoyens à part entière, ont lancé des pierres. Le lieutenant présent a ordonné l’utilisation du fusil Lebel, une arme puissante, causant 10 morts et 30 blessés. Un autre épisode tragique s’est déroulé à Alger le 26 mars 1962, après les accords d’Évian, où une fusillade a fait 46 morts et 200 blessés, lors d’une manifestation de 30 000 Européens d’Algérie bloqués rue d’Isly.

Après ces événements, l’utilisation d’armes à feu lors des manifestations s’est considérablement réduite, presque inexistante après 1968. Un nouveau cadre juridique, apparu en 1935, a permis de reconnaître et de canaliser les manifestations, encadrées par les préfets.

En 1938, les premières grenades lacrymogènes, initialement conçues en 1913 pour la Grande Guerre, ont été utilisées contre les grévistes de Boulogne-Billancourt. Elles sont devenues courantes en 1968, accompagnées de l’utilisation de matraques en bois puis en caoutchouc. Le bouclier, rare en 1968, a été généralisé par la suite pour se protéger des projectiles lancés par les manifestants. Les gendarmes mobiles ont appris à lancer les grenades en l’air, à un angle minimum de 45°, et le tir tendu est interdit depuis 1975.

Depuis 2014, les grenades lacrymogènes ont été modernisées avec des modèles instantanés à effet de détonation. En 2016, face aux manifestations contre la loi Travail, les lanceurs de balles de défense (LBD) ont fait leur apparition, s’inscrivant dans une nouvelle doctrine de maintien de l’ordre. Ces nouveaux outils ont été critiqués pour les blessures qu’ils causent, notamment la perte de vue chez certains manifestants. Des incidents impliquant l’amputation de mains de manifestants tentant de désamorcer des grenades ont également été recensés.

Les forces de l’ordre reconnaissent que l’équipement seul ne suffit pas à garantir l’ordre public tout en respectant le droit constitutionnel de manifester, garanti depuis 1995. Une gestion efficace nécessite un encadrement rigoureux des manifestations et une marge de manœuvre pour les forces de l’ordre, afin d’éviter les erreurs résultant de situations chaotiques.