Affaire Inass Touloub : le procès des parents de la « martyre de l’A10 » s’approche
Pendant plus de trois décennies, elle n’était qu’une énigme, un corps retrouvé sans identité. Le 11 août 1987, le corps d’une fillette de 4 ans a été découvert près de Suèvres, dans le Loir-et-Cher, au bord de l’autoroute A10. Enroulée dans une couverture, elle portait les traces de violences. Elle est rapidement devenue connue sous le nom de « martyre de l’A10 ».
Il a fallu attendre 31 ans pour que son identité soit révélée grâce à une analyse ADN : il s’agissait d’Inass Touloub. En 2007, des profils génétiques d’un homme et d’une femme ont été relevés sur la couverture, sans donner de résultats immédiats. Onze ans plus tard, une comparaison avec l’ADN d’un homme arrêté à Villers-Cotterêts a permis d’établir un lien avec le frère d’Inass.
Les investigations ont conduit à l’arrestation simultanée de ses parents, Halima E. et Ahmed T., le 12 juin 2018. Inass Touloub était la troisième d’une famille de sept enfants, née en 1983.
Après la découverte du corps, le couple s’est installé à Villers-Cotterêts. Ahmed T. a géré plusieurs commerces, tandis que Halima E. est restée avec ses fils. Leur séparation a eu lieu en 2010, Ahmed T. s’installant à Puteaux, près de Paris. Selon Libération, Ahmed T. aurait rapidement déclaré aux enquêteurs : « Cela fait 31 ans que j’attends que vous veniez. »
Il a affirmé que la famille était partie en vacances au Maroc en 1987, sur l’initiative de Halima E. Il a prétendu s’être absenté pour emprunter de l’argent et avoir retrouvé Inass inanimée sur le canapé. Il a évoqué un sentiment de lâcheté et affirmé vivre un « enfer » avec sa femme, la craignant et se sentant sous sa domination.
Halima E. a changé de version à plusieurs reprises face aux enquêteurs, niant initialement la maternité et affirmant être victime de violences conjugales. Elle a reconnu une certaine violence envers Inass, mais nie toute implication dans sa mort.
Lundi 2 novembre, Halima E., âgée de 72 ans, et Ahmed T., âgé de 74 ans, comparaîtront devant la cour d’assises du Loir-et-Cher. Halima E. est poursuivie pour torture et actes de barbarie ayant entraîné la mort, tandis qu’Ahmed T. est accusé de complicité. Ils encourent la réclusion criminelle à perpétuité. Une dizaine de parties civiles, dont les six autres enfants du couple et des associations de protection de l’enfance, seront présentes. Le procès devra éclaircir les circonstances des violences et déterminer les responsabilités de chacun dans la mort d’Inass. Les deux accusés sont présumés innocents.