Nouvelle découverte sur le rôle du microbiote intestinal dans la prévention des allergies infantiles
En France, près d’un tiers des enfants souffrent d’allergies, l’asthme étant la pathologie chronique la plus répandue, touchant entre 7 et 10 % de la population infantile. Eczéma, rhinites allergiques, allergies alimentaires et crises d’asthme se manifestent de plus en plus précocément, parfois dès la petite enfance.
Une étude internationale, publiée récemment dans la revue *Nature Microbiology*, révèle un mécanisme insoupçonné impliquant le microbiote intestinal et ouvre des perspectives pour une prévention précoce. Les chercheurs se sont concentrés sur certaines bifidobactéries, bactéries naturellement présentes chez les nourrissons, notamment ceux colonisés très tôt après la naissance.
Ces bactéries produisent des métabolites, dont le lactate de 4-hydroxyphényl (4-OH-PLA), qui agit comme un inhibiteur des réactions allergiques. Des expériences sur des cellules immunitaires humaines ont démontré que ce composé réduit significativement la production d’immunoglobuline E (IgE), l’anticorps clé impliqué dans les allergies comme le rhume des foins, l’eczéma et l’asthme.
« La principale avancée est l’identification d’un mécanisme précis capable d’inhiber le développement des réponses allergiques dès la petite enfance, » explique Susanne Brix Pedersen, professeure à la DTU Bioengineering et responsable du projet.
Le 4-OH-PLA, présent naturellement dans l’intestin des nourrissons, diminue la production d’IgE d’environ 60 % sans affecter les autres anticorps essentiels à l’immunité.
Pour confirmer cette hypothèse, une étude a suivi 147 enfants de la naissance jusqu’à l’âge de cinq ans, analysant leur microbiote, les métabolites produits et l’évolution de leurs marqueurs immunitaires. Les nourrissons présentant une forte présence de certaines bifidobactéries dès les premiers mois de vie étaient moins susceptibles de développer des sensibilisations allergiques.
Les facteurs favorisant cette colonisation bénéfique incluent l’allaitement maternel exclusif et les interactions précoces avec d’autres enfants. Les enfants nés par voie basse ont jusqu’à quatorze fois plus de chances d’acquérir ces bifidobactéries de leur mère, selon Rasmus Kaae Dehli, immunologiste à la DTU.
Compte tenu de la rareté croissante de ces bactéries dans les sociétés occidentales, les chercheurs envisagent d’introduire des bifidobactéries productrices de 4-OH-PLA ou de leurs métabolites dans des compléments probiotiques ou des préparations infantiles pour les nourrissons à risque. Des essais cliniques, dans le cadre de l’étude Begin, sont en cours au Danemark pour prévenir l’asthme et les allergies. Des résultats prometteurs pourraient permettre de mettre en place une stratégie préventive dans les années à venir.