Les urgences québécoises sous pression avant la saison grippale
Les établissements d’urgence du Québec, particulièrement dans le Grand Montréal, sont confrontés à une affluence accrue, même avant le pic de la saison grippale. Selon Santé Québec, la situation est plus tendue qu’elle ne l’était l’an dernier.
Les patients nécessitant une civière attendent en moyenne 24 heures et 14 minutes pour obtenir un lit à l’étage, une augmentation d’une heure et dix minutes par rapport à l’automne précédent. « Le nombre de personnes sur civière, attendant un lit, est supérieur à ce que nous avons observé les années précédentes », a déclaré Véronique Wilson, directrice générale des services intégrés d’urgence et de première ligne à Santé Québec.
La situation est décrite comme « difficile » dans le Grand Montréal. Entre la fin août et la mi-octobre, 98 816 personnes se sont présentées aux urgences et ont été placées sur civière, contre 95 104 pour la même période l’année précédente. Un nombre accru de patients ambulatoires, souffrant de problèmes mineurs ou stabilisés, contribue également à la pression, avec 160 340 visites enregistrées, comparativement à 151 436 l’an dernier. Ces données excluent le nord de l’Île-de-Montréal en raison de l’intégration en cours des données du Dossier Santé Numérique.
Le Dr Gilbert Boucher, président de l’Association des spécialistes en médecine d’urgence, souligne que la situation est aggravée par le fait que l’on est encore loin du pic de la grippe, prévu dans six à huit semaines. « Quand cela arrivera, ce sera difficile. »
Santé Québec affirme avoir déployé des efforts pour réduire les visites non urgentes aux urgences, mais le nombre de patients reste élevé. La création de nouvelles places dans les haltes-chaleur est perçue comme une solution potentielle, notamment pour les personnes sans abri cherchant un refuge contre le froid.
Pour anticiper la saison hivernale, Santé Québec a mis en place un centre de commandement qui surveille quotidiennement la situation dans les urgences du Grand Montréal. Des réunions régulières sont organisées entre les représentants des établissements de santé de Montréal, Laval, des Laurentides, de la Montérégie et de Lanaudière afin de coordonner les efforts. Par exemple, l’hôpital Jean-Talon pourrait accueillir des patients de Santa Cabrini en cas de débordement.
Des mesures sont également prises pour augmenter la capacité des CHSLD (centres d’hébergement pour personnes âgées) et des ressources intermédiaires, afin de transférer les patients qui n’ont plus besoin de soins aigus. Actuellement, 17 % des lits d’hôpitaux québécois sont occupés par des patients nécessitant un niveau de soins alternatif (NSA), un chiffre qui atteint 19 % dans le Grand Montréal. Des plans de « surcapacité » sont prévus, incluant l’utilisation de chambres et de couloirs pour accueillir des patients.
L’Association des médecins d’urgence du Québec (AMUQ) organise un Forum national des urgences à Québec, le lundi, pour identifier des solutions concrètes et réalisables. Le dernier sommet de ce type avait eu lieu en 1999.
Les taux d’occupation sur civière varient considérablement selon les régions : Montréal (149 %), Laval (176 %), Montérégie (152 %), Laurentides (147 %) et Lanaudière (140 %).