L’IA au travail : entre liberté et risques pour les salariés
Un cadre informatique a récemment utilisé ChatGPT pour rédiger un dossier sans en informer sa supérieure, son orthographe ayant été considérablement améliorée grâce à l’outil. Bien qu’elle ait été félicitée, ce cas n’est pas isolé.
Selon une étude conjointe de Greenworking et Ipsos bva, publiée en septembre 2026, seulement 45 % des entreprises du secteur privé ont officiellement adopté l’intelligence artificielle générative. Moins d’un tiers des utilisateurs se limitent aux outils approuvés par l’entreprise.
Certains ont connu des conséquences plus négatives. George Kassar, enseignant-chercheur à l’Ascencia Business School, a mené une enquête révélant que deux personnes interrogées ont été découvertes en train d’utiliser l’IA de manière non autorisée. « Leur travail est apparu comme 'entaché', quelle que soit sa qualité réelle, » explique-t-il.
Le droit permet l’utilisation de l’IA, comme l’accès à Internet, selon l’avocat Yann-Maël Larher. Cependant, l’absence d’une charte IA ne signifie pas l’absence de règles : les obligations de loyauté, de confidentialité et de sécurité restent applicables.
Deux limites sont clairement établies : déléguer ses responsabilités professionnelles à la machine et partager des informations confidentielles (données clients, documents internes, dossiers RH). Le niveau de responsabilité est également un facteur, les cadres supérieurs étant soumis à un contrôle plus strict.
Une décision récente de la cour d’appel de Paris, le 21 mai 2026, a confirmé la suspension de l’utilisation de ChatGPT et de l’assistant DIGI par le Groupe Moniteur, en raison du manque de consultation préalable du Comité Social et Économique (CSE). L’employeur avait justifié l’utilisation par les salariés eux-mêmes, argument rejeté par la cour.
Face à une question de son supérieur, il est préférable de répondre honnêtement plutôt que de mentir, conseille l’avocat. Le mensonge peut constituer un manquement à la loyauté. Les détecteurs d’IA ne sont pas des preuves scientifiques infaillibles et ne suffisent pas à établir une faute.
Les salariés peuvent demander une formation, une demande légitimée par le Code du travail et le règlement européen sur l’IA. Payer un abonnement personnel à un outil d’IA ne protège pas contre les risques de fuite de données.
George Kassar souligne que le silence a un prix, et encourage à assumer l’utilisation de l’IA. Il insiste sur l’importance de démontrer sa maîtrise de l’outil et de défendre chaque résultat produit. L’IA doit être traitée comme un jeune alternant, à relire et à superviser, selon Yann-Maël Larher.