Washington et Pékin : une Coexistence Dépendante Malgré les Tensions
La rivalité entre les États-Unis et la Chine ne s’est pas transformée en une rupture totale, contrairement à ce que certains avaient prédit lors d’une nouvelle Guerre Froide. Malgré les droits de douane, les restrictions technologiques et la course à l’intelligence artificielle, les deux premières puissances économiques mondiales maintiennent un dialogue, même si celui-ci est qualifié de « compétition gérée » par Laure Pallez, directrice associée de Mascaret Partners.
Les deux géants économiques reconnaissent leur interdépendance, une réalité soulignée par le président Trump et poursuivie par l’administration Biden, qui cible des secteurs stratégiques et encourage la diversification des approvisionnements. Le retour de Donald Trump à la Maison Blanche a renforcé le dialogue direct avec Xi Jinping, traduisant une recherche d’équilibre entre compétition et coopération.
L’idée d’un découplage total des économies américaines et chinoises s’est avérée limitée. Washington privilégie désormais une stratégie de « derisking », visant à diversifier les sources d’approvisionnement plutôt qu’à rompre définitivement les liens avec la Chine. Cette approche reconnaît que les dépendances sont réciproques.
La Chine, quant à elle, dispose d’un avantage significatif dans les terres rares et certains minerais stratégiques, essentiels à la fabrication de technologies modernes. Elle contrôle entre 70 et 90 % de certaines chaînes de valeur de ces matières premières, ce qui lui confère un levier de négociation important. Les États-Unis, en revanche, conservent une avance dans la production des semi-conducteurs les plus avancés.
La Chine a mis en place des plans quinquennaux depuis 1953 pour orienter ses investissements vers des technologies clés, avec un objectif clair : 2049, le centenaire de la République populaire. L’Académie des sciences de Chine, en lien avec des institutions comme l’Institut Pasteur de Shanghai, joue un rôle central dans cette stratégie, transformant les découvertes scientifiques en capacités économiques. Pékin encourage également le retour de chercheurs chinois formés à l’étranger, offrant des financements et des opportunités de recherche.
Au-delà des aspects économiques, la rivalité sino-américaine s’étend à l’influence mondiale. La Chine profite des incertitudes liées à la politique de Donald Trump pour se positionner comme un partenaire plus stable, renforçant son influence en Afrique et en Amérique latine. Elle s’investit également dans les questions environnementales, comblant le vide laissé par la politique américaine.
Malgré ces avancées, la Chine reste confrontée à ses propres vulnérabilités et les États-Unis conservent des atouts technologiques et financiers importants. La compétition se joue autant dans la maîtrise des dépendances que dans la capacité de chaque puissance à influencer l’opinion publique mondiale, plaçant l’Europe devant le défi de définir ses propres priorités stratégiques.