Ossétie du Sud : Moscou consolide son emprise par des moyens subtils
La Géorgie voit 20 % de son territoire occupé par la Russie, incluant les régions de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie, situées sur la côte de la mer Noire. Ces territoires sont actuellement sous contrôle russe.
Depuis l’invasion de 2008, l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie sont de plus en plus intégrées aux systèmes économique, financier et militaire russes. La monnaie utilisée est le rouble, une part importante du budget de l’État provient de Moscou, et le programme scolaire suit le modèle russe.
Cette année, l’influence russe s’intensifie, avec le parti au pouvoir, proche du Kremlin, préparant l’interdiction des partis d’opposition pro-européens.
Un accord signé en mai dernier entre l’Ossétie du Sud et le Kremlin prévoit l’éligibilité de citoyens russes à la présidence de la région, une première dans le contrôle russe du territoire. Les organisations non gouvernementales géorgiennes avaient déjà mis en garde contre une annexion « de facto », sans succès. En septembre, Marat Kambolov, un citoyen russe soutenu par le Kremlin, a été élu président.
Ce choix stratégique s’explique par le fait que Marat Kambolov a passé une grande partie de sa carrière au Kremlin, notamment en tant que ministre délégué à l’Éducation et aux Sports, et a dirigé l’institut Kourtchatov pour la recherche nucléaire, sous la présidence de Mikhaïl Kovaltchouk, dont le frère Iouri est un financier proche de Vladimir Poutine.
« La Russie prépare quelque chose d’infâme. Elle est incapable de gagner en Ukraine. Alors, pour apaiser sa population qui voit la défaite arriver, elle se met en marche vers une annexion totale de l’Ossétie du Sud », a déclaré Lia Tchlatchidzé, une habitante proche du territoire occupé.
De nombreuses ONG partagent cette analyse, considérant l’élection de Marat Kambolov comme une étape supplémentaire vers une annexion irréversible de l’Ossétie du Sud.
Certains accusent même le gouvernement géorgien de complicité. « Les Russes et les Géorgiens travaillent main dans la main. Le gouvernement ne se battra pas contre cette annexion. L’annexion de facto est déjà actée », affirme Tamara Mearakishvili, journaliste sud-ossète, emprisonnée puis expulsée vers Tbilissi après avoir dénoncé la corruption des autorités régionales.
L’élection de Marat Kambolov s’inscrit dans un contexte plus large de perte d’influence russe dans le Caucase. L’Arménie, traditionnellement sous l’influence russe, cherche à se tourner vers l’Union européenne, les États-Unis et l’Inde. Des investissements américains importants ont été réalisés dans un projet d’infrastructure reliant l’Arménie et l’Azerbaïdjan.
En annexant de facto l’Ossétie du Sud, la Russie rappelle aux pays de la région du Caucase qu’elle conserve des moyens de pression.
Le gouvernement géorgien, tout en se rapprochant de Moscou, doit composer avec une population majoritairement pro-européenne.