Algérie : un tournant sécuritaire majeur avec le Niger
Les relations entre l’Algérie et le Niger connaissent une transformation significative, comme l’a souligné François Soudan, directeur de la rédaction de « La Semaine Africaine », lors d’une interview sur RFI. Le Parlement algérien a approuvé le 25 octobre le déploiement de forces militaires au Niger, un revirement notable pour Alger, qui avait auparavant critiqué le coup d’État mené par le général Abdourahamane Tiani et proposé ses services de médiation pour restaurer l’ordre constitutionnel.
Selon François Soudan, il s’agit de la première fois que l’Algérie accepte, à la demande du Niger, d’assumer un rôle de garant de la sécurité d’un pays voisin confronté à un coup d’État. Cette action marque une évolution de la politique algérienne de non-intervention. Les récentes modifications constitutionnelles permettent désormais à l’armée algérienne d’intervenir au-delà de ses frontières.
Cette décision stratégique vise à plusieurs objectifs, notamment à « reprendre pied au Sahel », une région que l’Algérie considère comme essentielle à sa sécurité. Le président Abdelmadjid Tebboune a été confronté à des défis ces dernières années, incluant la dénonciation des accords avec le Mali, le renversement du président nigérien Mohamed Bazoum, et des tensions diplomatiques avec Bamako et Niamey.
Alger cherche également à contrer un bloc jugé « hostile » regroupant le Maroc, les Émirats arabes unis (avec lesquels l’Algérie a rompu ses relations diplomatiques le 10 septembre) et la Libye, tout en assurant la viabilité du projet de gazoduc transsaharien traversant le Niger. Suite à l’annonce du déploiement militaire algérien, des forces liées au général Haftar, soutenues par Abou Dhabi, ont signalé leur intention de se déplacer vers la frontière nigérienne, tandis que des membres de la famille Haftar ont été accueillis au Maroc.
François Soudan anticipe que ce déploiement aura des « sacrifiés », notamment les groupes rebelles touaregs maliens du Front de libération de l’Azawad et les Toubous nigériens du Front patriotique de libération, qui devront chercher de nouveaux soutiens. « Le Sahel est un éternel recommencement », a-t-il conclu.