Mayotte : Les pompiers luttent contre de nouveaux incendies, fragilisés par les brûlis
Les pompiers de Mayotte sont à nouveau mobilisés pour combattre une série d’incendies de végétation, deux mois après un épisode dévastateur. Plus de soixante pompiers sont sur le terrain depuis samedi, confrontés à quatorze foyers actifs et à d’épais panaches de fumée. Près de 30 hectares de forêt ont déjà été détruits, une superficie susceptible d’augmenter, selon le lieutenant Abdou Maoulida, chef du groupe Sud du Service départemental d’incendie et de secours (Sdis) de Mayotte.
Les incendies sont particulièrement actifs à Bouéni, Dapani, Bandrélé et sur le Mont Bénara. En août dernier, un incendie similaire avait ravagé une zone de Barakani, au centre de l’île.
Le Sdis de Mayotte, dirigé par le colonel Patrick Clerc, est confronté à cette situation avec des moyens limités. Deux camions-citernes feux de forêt moyen ont été ajoutés au parc de véhicules, portant le nombre total à quinze. Une équipe drone a également été mise en place pour faciliter la détection des incendies et l’accès aux zones difficiles.
Un hélicoptère bombardier d’eau est déployé depuis le 1er août pour s’attaquer aux feux, puisant de l’eau dans la mer. L’année 2025 a été l’année la plus meurtrière en termes d’incendies, avec 288 hectares brûlés, selon un bilan de la préfecture. En comparaison, 14 hectares ont été ravagés en 2024 et 24 en 2023.
La préfecture attribue l’aggravation du risque incendie aux conséquences du cyclone Chido, qui a endommagé environ 85 % des forêts publiques, créant une importante quantité de biomasse sèche. Elle met également en cause les occupations illicites des terres, les défrichements sauvages et les pratiques agricoles utilisant le feu.
Selon le lieutenant Maoulida, 80 % des incendies récents sont liés aux brûlis, une pratique interdite consistant à nettoyer les champs par le feu. Une sous-commission des feux de forêt, pilotée par le préfet, a été créée pour renforcer la prévention.
Antoy Abdallah, agriculteur à Kani-Kéli, souligne le « manque d’alternatives » au brûlis, en raison de la précarité économique de nombreux agriculteurs et des difficultés d’accès aux parcelles pour l’utilisation de matériel agricole.
Malgré les poursuites judiciaires prévues pour les infractions, le lieutenant Maoulida estime que les mesures actuelles sont insuffisantes et plaide pour un renforcement des effectifs de pompiers. « En ce moment, les pompiers souffrent. (…) Ça commence à devenir très compliqué », a-t-il déclaré.