Garonne : Des lâchers d’eau prolongés en novembre, une situation sans précédent
La Haute-Garonne fait face à une situation exceptionnelle en ce début novembre, conséquence directe du réchauffement climatique. Pour la toute première fois, l’Établissement public Garonne, Gascogne et affluents pyrénéens, anciennement SMEAG, dirigé par Jean-Michel Fabre, vice-président du conseil départemental, doit maintenir des lâchers d’eau dans la Garonne au-delà du 31 octobre, date marquant la fin officielle de la période de soutien d’étiage.
L’absence persistante de précipitations, qui ne sont pas attendues avant le 9 ou 10 novembre, rend nécessaire cette prolongation. La Garonne avait atteint des niveaux historiquement bas durant l’été.
La crise ne se limite pas à la Garonne. Jean-Michel Fabre souligne que l’ensemble des rivières pyrénéennes, notamment le système Neste dans le Gers et les Hautes-Pyrénées, sont touchées, avec un risque de pénurie d’eau potable pour un bassin de population de 300 000 habitants. « Ce n’est pas parce qu’il commence à faire froid que la sécheresse prend fin, » a-t-il déclaré.
Les lâchers d’eau seront prolongés « d’au moins quinze jours et peut-être plus ». La préfecture de la Haute-Garonne a également étendu les restrictions d’usage de l’eau en vigueur depuis l’été.
Chaque cours d’eau du département reste sous surveillance, avec des mesures de crise, d’alerte renforcée ou de vigilance en place, impactant toutes les communes par des limitations d’usage de l’eau potable.
Jean-Michel Fabre rappelle que les lâchers d’eau avaient débuté de manière inhabituellement précoce, dès le 3 juillet, et que les quantités déversées depuis les barrages pyrénéens avaient dépassé tous les seuils connus en juillet. Pour éviter l’épuisement des stocks dès août, une modification des règles a été nécessaire, écartant le critère du seuil minimal dans la Garonne.
Sur les 46 millions de mètres cubes disponibles dans les barrages ariégeois, il en reste huit. Le lac d’Ôo, en Haute-Garonne, compte encore 2,5 millions de mètres cubes sur les dix initiaux, et c’est ce lac du Luchonnais qui est actuellement mobilisé.
« Heureusement qu’on a lancé tout ça, » affirme Jean-Michel Fabre, en référence au plan Garonne amont lancé en 2017 par le conseil départemental. Des accords avec EDF ont permis d’augmenter les stocks, des nettoyages de retenues ont accru les réserves, et le stockage par réinfiltration de la nappe phréatique a démontré son potentiel. Les zones humides sont préservées et une politique de sobriété a été mise en place auprès des agriculteurs, industriels et particuliers.
« Il faut accélérer sur tous ces leviers, » insiste le président, lançant un nouvel appel à la sobriété : « Il faut que tout le monde se mobilise pour économiser l’eau. » Deux nouveaux projets sont en cours : la réalimentation du barrage de Montbel, en Ariège, qui pourrait ajouter 5 millions de mètres cubes dans deux ans, et la récupération d’eau turbinée pour l’électricité à l’Hospitalet. De nouvelles réserves sont « en préparation » mais ne pourront servir qu’en « complément » des mesures existantes.