Retraites par capitalisation : le coût de la transition et son financement
La question d’une retraite par capitalisation pour améliorer les prestations futures tout en maîtrisant les coûts se démocratise, allant au-delà des cercles libéraux. Des propositions, comme celle de François Hollande qui suggère d’intégrer une part de capitalisation dans son livre publié en septembre, et une proposition de loi de Sarah Knafo, témoignent de cette évolution.
L’option est d’autant plus discutée que les retraites représentent un quart des dépenses publiques, dans un contexte de finances publiques tendues. Un sondage Toluna Harris Interactive, réalisé pour l’Observatoire Hexagone en février 2025, révèle que 72 % des Français soutiennent le développement d’un système complémentaire de retraite par capitalisation, en plus du système actuel.
Le système par répartition, qui finance les pensions actuelles grâce aux cotisations des actifs, laisse de nombreux Français penser que leurs cotisations leur reviendront un jour. La capitalisation, elle, permet de placer et de capitaliser les cotisations, générant un rendement estimé à environ 4 % par an. Pour un salarié au salaire moyen (3 500 euros brut) cotisant 11 700 euros par an, cela pourrait se traduire par un capital d’environ 1,1 million d’euros après quarante ans, soit plus de 700 000 euros après ajustement de l’inflation.
Ce rendement contraste avec les 0,8 % à 1,2 % par an, estimés par le Conseil d’orientation des retraites (COR), pour les générations nées depuis les années 1970 dans le système par répartition, équivalant à 550 000 à 600 000 euros. Cette différence s’explique par la démographie et le dynamisme de l’économie mondiale, permettant d’investir dans l’économie globale.
La France connaît déjà un régime de capitalisation à petite échelle avec la retraite additionnelle de la fonction publique (RAFP). Cependant, la transition vers un système plus large se heurte à des obstacles, notamment le temps. Atteindre le niveau de capitalisation observé dans les pays de l’OCDE (environ 15 %) nécessiterait des fonds de pension d’au moins 1 000 milliards d’euros, voire 2 000 milliards.
Un défi majeur est de financer à la fois les pensions actuelles et la capitalisation. Des solutions envisagées incluent une hausse des cotisations ou une désindexation des pensions de l’inflation, comme suggéré par François Hollande avec une revalorisation limitée à 1 % par an pendant cinq ans. Cette dernière mesure aurait un impact concret sur les retraités, entraînant une perte de pouvoir d’achat.
Des experts comme François Ecalle soulignent la nécessité de stabiliser la dette, estimée à 120 milliards d’euros, et le courage de reculer l’âge de départ et de désindexer les pensions pour sauver le système par répartition. Cependant, une baisse des pensions est jugée politiquement inenvisageable.
La capitalisation n’est pas sans risques, notamment la volatilité des rendements, l’érosion par l’inflation et la tentation pour l’État de puiser dans les fonds. Le retard de la France dans l’adoption de ce système, comparé à la Suède, l’Allemagne et les Pays-Bas, rend la situation plus complexe.