Christine Lagarde quitte la Banque Centrale Européenne après une carrière exceptionnelle
L’élégance et l’autorité de Christine Lagarde ont même inspiré Meryl Streep pour incarner le personnage de Miranda Priestly dans « Le Diable s’habille en Prada ».
La dirigeante française a annoncé jeudi son départ anticipé de la Banque Centrale Européenne (BCE), mettant fin à une carrière jalonnée de succès à l’échelle mondiale, à l’âge de 70 ans.
Ministre de l’Économie sous Nicolas Sarkozy de 2007 à 2011, directrice générale du Fonds Monétaire International (FMI) entre 2011 et 2019, suite à l’affaire Strauss-Kahn, puis présidente de la BCE depuis 2019, elle a occupé des postes prestigieux, traditionnellement réservés aux hommes.
Sans formation d’économiste et sans appartenance à une école de pensée particulière, elle n’a jamais été élue par le biais du vote populaire, à l’exception d’une participation aux élections municipales de 2008 à Paris. Son parcours reflète les bouleversements mondiaux du XXIe siècle, de la crise financière de 2008 au retour de Donald Trump, en passant par la pandémie de Covid-19, la guerre en Ukraine, le développement de l’intelligence artificielle et l’urgence climatique.
Dans son autobiographie à paraître début 2027, Christine Lagarde se décrit comme une « petite fille rebelle » issue d’un milieu modeste, déterminée à prouver que le succès ne dépend pas de l’ascendance.
« J’ai brisé quelques plafonds de verre durant mon parcours », a-t-elle déclaré dans un entretien au magazine Elle.
Avocate de formation, elle a été confrontée à des refus d’emploi en raison de son genre. Elle est par la suite devenue la première femme à diriger le cabinet d’avocats américain Baker & McKenzie.
Sa nomination à la tête de la BCE en 2019 a suscité des interrogations quant à son manque d’expérience en politique monétaire. Cette dirigeante expérimentée dans les négociations internationales a également été condamnée pour « négligence » dans l’affaire Tapie-Crédit lyonnais, bien que la Cour de justice de la République l’ait dispensée de peine.
Lors d’une conférence de presse à Francfort, elle a amusé l’assistance en déclarant : « I love reading » (« J’aime lire »), contrastant avec le langage formel habituel des banquiers centraux.
Elle a préféré l’étiquette de « la chouette », symbole de sagesse, aux classifications traditionnelles de « colombe » ou « faucon ». Cet animal est devenu un symbole de sa présidence, axée sur l’écoute et le compromis.
Des tensions ont néanmoins existé au sein de la BCE. Une enquête de 2024 menée par le syndicat maison Ipso a révélé des signes de burn-out chez près de quatre employés sur dix, en raison de la charge de travail et de suspicions de favoritisme.
Christine Lagarde, connue pour son image soignée et son anglais impeccable, a cultivé sa personnalité sur les réseaux sociaux. En Allemagne, elle a été moins critiquée que son prédécesseur, Mario Draghi, bien que le quotidien Bild l’ait surnommée « Madame Inflation ».
Elle a apprécié la vie culturelle allemande, fréquentant l’opéra, les expositions, et le cinéma, notamment une projection du film « Le diable s’habille en Prada 2 ».
Son allemand est resté limité, mais elle a cité Goethe dans ses discours, soulignant l’importance de s’adapter au changement.
Bien qu’elle ait écarté une candidature à l’Élysée, Christine Lagarde est pressentie pour prendre la tête du Forum économique mondial de Davos. Elle exprime néanmoins le désir de consacrer plus de temps à elle-même, notamment pour participer à la protection des coraux, reprendre le piano et passer du temps avec ses petits-enfants.