Déchirement au sein du mouvement « tradwives » : des adeptés réinventent leur vie
Un nombre croissant de femmes, initialement engagées dans le mouvement des « tradwives » (épouses traditionnelles), expriment aujourd’hui des regrets et changent de cap. Ces femmes, qui se consacrent traditionnellement au foyer et à l’éducation de leurs enfants, adhèrent à des valeurs religieuses conservatrices et se plient aux directives de leur mari.
Maryne Bruneau, conférencière sur l’égalité femmes-hommes et autrice de *Les Légitimes, Lutter contre le syndrome de l’Impostrice*, qualifie ce mouvement de « assignation genrée des rôles », où les hommes sont présentés comme supérieurs et les femmes doivent se soumettre. Elle le considère comme une forme d’antiféminisme visant à contrer les avancées en matière d’égalité.
Certaines tradwives ont transformé leur engagement en business, comme Bernadine Bluntly, qui compte des centaines de milliers d’abonnés sur les réseaux sociaux et vend des articles dérivés comme « RIP Feminism ». En 2019, elle a même participé à une conférence visant à remettre en question le droit de vote des femmes.
Cependant, cet été, Bernadine Bluntly a annoncé un revirement spectaculaire. Elle a révélé qu’elle ne voulait plus mentir et qu’elle était contrainte de quitter son foyer, expliquant qu’elle se sentait obligée de faire des efforts pour maintenir son mariage. En mai 2025, elle a contacté la police et s’est enfuie avec ses six enfants pour échapper à des violences conjugales.
L’émergence du mouvement « de-tradding », identifié par les chercheuses néo-zélandaises Sophia Skyes et Veronica Hopner, témoigne de ce phénomène. Il décrit ces anciennes tradwives qui entament des divorces et fuient des environnements marqués par l’emprise, la précarité financière ou des violences domestiques. Elles partagent leurs expériences sur les réseaux sociaux et encouragent les femmes à divorcer si leur mariage ne leur convient pas.
Enitza Templeton, par exemple, reconnaît avoir été piégée par des algorithmes, mais a trouvé la liberté en explorant d’autres contenus. Maryne Bruneau souligne que ces femmes, en monétisant leurs contenus, développent une stratégie d’émancipation financière et utilisent leur influence pour se libérer.
Bien que le mouvement des tradwives ne soit pas aussi répandu en France, Maryne Bruneau observe une augmentation des conversions religieuses et craint que ces discours idéologiques ne donnent un sentiment d’appartenance à certaines femmes. Elle estime toutefois que ce mouvement, bien que toujours présent, est voué à s’éteindre, ayant été amplifié par les réseaux sociaux et la galaxie MAGA américaine.