Blocages dans les lycées : l’année scolaire fragilisée malgré une situation contrastée
Le retour des vacances de la Toussaint n’a pas permis d’apaiser les tensions dans le système éducatif français. Ce lundi 2 novembre, une quarantaine de lycées étaient bloqués, malgré les annonces gouvernementales visant à remplacer Parcoursup et à tenter de désamorcer le conflit.
Au lycée Le Corbusier, à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), les élèves retrouvent portes fermées, exprimant à la fois leur soutien aux revendications et leur inquiétude face à l’impact sur leur scolarité. « Si je ne vais pas en cours, je peux foirer mon avenir », confie Samuela, lycéenne présente sur place.
Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a alerté sur les risques pour les centaines de milliers d’élèves dont l’année scolaire est compromise par ces interruptions. Selon un rapport du ministère, un tiers des lycées français n’ont connu aucune perturbation, un autre tiers a subi des perturbations limitées, et le dernier tiers a été plus fortement affecté. Les chiffres varient cependant selon les sources : l’Union syndicale lycéenne estimait mardi 500 lycées perturbés, contre 150 lundi, des chiffres supérieurs à ceux communiqués par le ministère, qui relevait 48 lycées bloqués mardi et 41 lundi.
Si certains établissements, comme le lycée Louis-Rascol d’Albi (Tarn), ont maintenu les cours de manière relativement normale, d’autres ont dû basculer en enseignement à distance pendant plusieurs semaines, impactant les conditions d’apprentissage. Un proviseur parisien souligne les difficultés rencontrées dans d’autres établissements de son académie.
Les chefs d’établissement s’inquiètent de la poursuite des blocages après les vacances et des tensions au sein des établissements. « Pour être honnête, on en a un peu ras-le-bol », témoigne un proviseur francilien. Les élèves eux-mêmes sont partagés : Lisa, en seconde, regrette le retard accumulé, tandis que Medina assume les conséquences du blocage pour une cause qu’elle juge juste.
Les enseignants s’interrogent sur le temps disponible pour couvrir l’ensemble du programme, notamment en ce qui concerne les enseignements de spécialité préparant aux épreuves écrites. « Le retard est problématique, c’est évident. En l’état, il est rattrapable, mais si les blocages continuent, je vois difficilement comment les épreuves écrites de spécialité pourraient se tenir dans de bonnes conditions au mois de juin », s’inquiète une professeure de Seine-Saint-Denis. Christelle Kauffmann, proviseure et secrétaire générale adjointe du syndicat SNPDEN-Unsa, avertit que « dans certains établissements confrontés à plusieurs semaines de blocages, on ne pourra pas tout rattraper. »
Face à cette situation, certains enseignants envisagent des adaptations pédagogiques et des cours supplémentaires, mais les examens nationaux resteront inchangés. Le ministère de l’Éducation nationale n’a pas encore communiqué sur d’éventuels aménagements des examens. L’économiste Eric Maurin, quant à lui, rappelle les conséquences à long terme des grèves enseignantes observées à l’étranger.