Neutralité suisse : l’essor d’une industrie de drones face à des défis géopolitiques
Une start-up fribourgeoise, Volatorix, a développé un prototype de drone d’interception capable d’atteindre 500 km/h et d’opérer de manière autonome, sans contrôle humain direct. Conçu pour protéger des infrastructures stratégiques comme les centrales électriques, les barrages et les centres de données, ce drone illustre une tendance croissante dans le secteur.
« L’intelligence que nous développons vise à rendre la machine complètement autonome », explique Morgan Scyboz, cofondateur de Volatorix. « On branche le drone, on appuie sur un bouton, il décolle, il va faire sa mission tout seul et il se pose s’il n’a rien rencontré. »
Le marché des drones connaît une forte demande, exacerbée par la guerre en Ukraine. Flyability, basée à Paudex (VD), spécialisée dans les drones d’inspection, fait face à une pénurie de composants essentiels tels que les microprocesseurs, les caméras et les moteurs. « Les volumes sont énormément montés, en partie à cause de la guerre. Des pièces qui étaient produites à quelques centaines d’unités sont maintenant demandées par dizaines de milliers », témoigne Patrick Thévoz, CEO de Flyability.
L’innovation dans le domaine des drones est accélérée par les conflits, attirant des entreprises étrangères. Harmattan, un important fabricant français de drones de combat, s’est implanté à Crissier (VD) pour recruter des ingénieurs formés à l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL).
L’armée suisse prévoit la création d’un bataillon de drones d’ici 2028, mais l’évolution est lente. Selon Mauro Mantovani, expert militaire à l’Université de Zurich, l’armée suisse se concentre sur des technologies obsolètes. « Le développement se fait de manière 'fähigkeitsbasiert', c’est-à-dire que l’on prend les paramètres de performance des anciens systèmes et on les transpose à ceux appelés à leur succéder, qui sont toujours supérieurs. »
L’exportation de matériel de guerre est un enjeu politique majeur, la Suisse étant l’un des pays avec les réglementations les plus strictes. Thierry Burkart (PLR/AG) plaide pour un assouplissement de ces règles, estimant qu’une industrie de la défense ne peut survivre sans pouvoir exporter. Certaines entreprises, comme Auterion, ont déjà quitté la Suisse pour accéder aux marchés de l’OTAN.
Les départs de ces entreprises inquiètent Swiss ASD, le lobby de l’industrie de l’armement. « On perd des gens, du savoir-faire, et surtout de la sécurité pour le pays », affirme Matthias Zoller, secrétaire général de Swiss ASD.
À gauche, la vision d’une Suisse plus pacifiste préconise le maintien des restrictions pour préserver la neutralité et éviter que des drones suisses ne soient impliqués dans des crimes de guerre. Benoît Gaillard (PS/VD) insiste sur l’importance de protéger l’écosystème d’innovation suisse.
Le peuple suisse votera le 29 novembre prochain sur une loi assouplie en matière d’exportation de matériel de guerre.