Chine : L’automatisation s’accélère face aux défis démographiques
Dans le parc technologique de Shenzhen, au sud de la Chine, l’utilisation de drones pour la livraison de repas est devenue un spectacle ordinaire. Un simple scan de code-barres via un smartphone déclenche l’envoi d’un en-cas, illustrant une transformation profonde du pays.
En quinzaine d’années, la Chine s’est imposée comme un leader mondial dans les domaines de l’intelligence artificielle et de la robotique, grâce à une stratégie industrielle ambitieuse.
L’autonomie se déploie dans les rues et dans le ciel. À Shenzhen et Canton, les véhicules autonomes de Pony.ai se meuvent dans le trafic dense, avec un millier de ces véhicules déjà en service dans la seule Shenzhen et une vingtaine d’autres villes. Des entreprises locales développent activement des taxis volants sans pilote, espérant obtenir des certifications européennes pour opérer dans des villes telles que Paris ou Marseille.
Le marché automobile chinois, en pleine expansion, se révèle lors de salons comme Auto China à Pékin. Les constructeurs occidentaux analysent les véhicules chinois, souvent dotés de technologies de pointe à des prix inférieurs à 30 000 euros.
« En Chine, on n’a pas le temps. Il faut aller rapidement à l’objectif, » témoigne Rafik Ferrag, designer automobile français chez XPeng. XPeng, fondé en 2014, a réduit son cycle de développement automobile à seulement deux ans, une vitesse impressionnante par rapport aux deux ans habituellement nécessaires en Occident.
Cette accélération est le fruit d’une stratégie délibérée. Dès les années 2000, l’État chinois a conditionné l’accès au marché intérieur à des transferts de compétences industrielles, créant des coentreprises avec des multinationales occidentales.
À Shenzhen, la culture du « shanzhai » favorise la rétro-ingénierie rapide, l’amélioration continue et le partage des connaissances techniques, accélérant le développement de prototypes connectés.
Le soutien du gouvernement central, notamment avec des investissements massifs comme les quatre milliards de yuans (500 millions d’euros) alloués à l’usine ultra-automatisée d’XPeng à Canton, a stimulé cette croissance. Cependant, ces pratiques ont suscité des critiques de la part des partenaires commerciaux, conduisant l’Union européenne à imposer des droits de douane sur les véhicules électriques chinois dès 2024.
Face à une baisse de la natalité, tombée sous le seuil des 8 millions de naissances, et à un coût élevé de la vie, la population chinoise se replie sur elle-même. « La vie est tellement automatisée que je pourrais passer la journée entière sans parler à personne et avoir quand même tout ce dont j’ai besoin, » confie Mia Chen, une jeune employée de bureau.
Pour compenser la pénurie de main-d’œuvre, Pékin investit dans le développement de robots humanoïdes, avec plus de 300 modèles en cours de formation pour reproduire les tâches humaines.