La Réunion : Des investissements massifs dans l’autonomie des seniors, mais un manque criant de places en EHPAD
Un rapport de la chambre régionale des comptes (CRC) de La Réunion pointe du doigt les failles dans la politique départementale d’autonomie des personnes âgées. Publié le 2 novembre 2024, le document met en lumière un déséquilibre entre les ressources financières allouées, le nombre insuffisant de places en établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) et les lacunes dans le contrôle administratif.
Le conseil départemental a consacré 220 millions d’euros à l’autonomie en 2024, représentant sa principale dépense budgétaire. La grande majorité de ces fonds, environ 80 %, sont destinés à des aides directes, principalement pour permettre aux seniors de rester à leur domicile. Bien que cette approche réponde à une forte demande de maintien à domicile, la CRC insiste sur la nécessité d’une stratégie plus cohérente pour la prise en charge de la dépendance.
L’offre d’EHPAD sur l’île est significativement inférieure à la moyenne nationale. La Réunion ne compte que 20 établissements, offrant 1 588 places, selon le rapport de la CRC. Des données de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), relayées par l’AFP le 2 novembre, révèlent que l’île dispose de 31,3 places d’EHPAD pour 1 000 habitants de 75 ans et plus, contre 90,5 en France métropolitaine en 2023.
Ce manque de places en hébergement médicalisé conduit à une forte dépendance à l’aide à domicile et à d’autres formes d’accueil. Cela complique également l’accompagnement des personnes dont la perte d’autonomie nécessite une prise en charge plus intensive, avec des risques liés à l’existence de structures d’accueil non autorisées, communément appelées « pensions marron ».
La CRC critique également un règlement départemental d’aide sociale datant de 2001, des disparités de traitement selon les territoires et un contrôle jugé insuffisant. Elle recommande une clarification des règles relatives à l’allocation personnalisée d’autonomie (APA) et un meilleur encadrement de l’évaluation des besoins.
Un document interne de janvier 2025, fixant des montants indicatifs pour les plans d’aide, est également pointé du doigt. Selon l’AFP, la CRC estime que ces limites sont en moyenne inférieures de 38,5 % aux plafonds nationaux. Cyrille Melchior, le président du conseil départemental, conteste cette interprétation, affirmant que ce document est un outil technique non contraignant et que la majorité des plans d’aide dépassaient ces montants indicatifs à la fin de 2025.
La chambre régionale des comptes formule huit recommandations, incluant la mise à jour du cadre réglementaire, l’harmonisation des aides, le renforcement des contrôles et la diversification de l’hébergement. Le département met en avant une amélioration des délais d’instruction de l’APA, passant de 94 jours en 2024 à 38 jours à la fin de 2025.
Les projections démographiques de l’Insee, datant de 2017, estiment à 289 000 le nombre de Réunionnais âgés de 60 ans ou plus en 2050. Pour la CRC, la priorité immédiate est de rendre les règles d’accès aux aides plus claires et de mieux coordonner le maintien à domicile avec les capacités d’accueil adaptées aux situations de dépendance sévère.